vendredi 12 janvier 2018

Epoque remarquable pour Saturnin Chaix

Direction la Savoie, et la petite paroisse de Montgilbert, en Maurienne, où j’ai de nombreux ancêtres. En  feuilletant un registre paroissial, j’ai remarqué une mention  portée par Saturnin Chaix Curé de Montgilbert suivie d’une petite note.
 
 « Epoque remarquable de la Révolution française »
 « Le 7 avril 1793 ensuite de la proclamation du 8 février même année, je suis parti à mon grand regret de cette paroisse pour ne pas prêter le serment qu’exigeait ladite proclamation. Les officiers municipaux en vertu de ladite proclamation m’ont expédié un passeport en date du 7 avril 1793.
Je me suis retiré en Piémont dans la ville et province de Bielle jusqu’au 23 juin 1802 et le 27 je me suis rendu auprès de ce peuple qui m’a revu avec bien de satisfaction.»
                                    Saturnin Chaix Curé
 
« Notre Savoie a été sous la domination française depuis le 23 septembre 1792 jusqu’au mois de mai 1814. »
 
  
Le 22 septembre 1792, les armées françaises républicaines du Général Montesquiou entrent en Savoie. Les troupes du Roi de Sardaigne se retirent sans se mettre en état de défense, en sorte que le pays tombe en une matinée sous la domination des Français.
 
Quelque temps après, on convoqua à Chambéry une assemblée générale de la Savoie, dans cette assemblée dite des Allobroges, on décréta  la réunion de la Savoie, pour ne faire qu’une république indivisible et démocratique. Dans l’organisation du département du Mont-Blanc, les quatre commissaires, députés de Paris, publièrent une proclamation en date du 8 février 1793, par laquelle ils exigent de tous les ecclésiastiques et de tous les fonctionnaires publics le serment de maintenir l’égalité et la liberté, et de mourir en les défendant, et ordonnant à ceux qui refuseraient  ce serment de sortir de la République.
 
Saturnin Chaix, Curé de Montgilbert fût un des nombreux prêtres de Maurienne à prendre le chemin de l’exil, à ce titre il figure sur la liste des Emigrés du  Département du Mont-Blanc.
 
Il partit donc pour le Piémont avec François Molin, Curé d’Epierre. Les mémoires de ce dernier sont instructives sur la concertation entre les différents prêtres en vue de la conduite à tenir, la décision de prêter serment qui permettait de rester près de leurs ouailles, ou de partir muni d’un passeport délivré par les nouvelles autorités.
 
François Molin, menacé d’arrestation, rejoint par Saturnin Chaix Curé de Montgilbert, partirent bien d’Epierre, le 8 avril 1793, très tôt : mais après avoir dit la messe… Ils dinent à Saint-Rémy, soupent à Sainte-Marie de Cuines chez le notaire Rostaing, repartent dans la nuit au nombre de 8 à 10. Tout ce petit monde marche la nuit, hors des grands chemins. Le 9 avril, ils sont au nombre de 30, tant prêtres que guides…
 
A l’entrée de la nuit le 10 avril, après avoir traversé les montagnes, sans aucun fâcheux incident, sauf pour le Chanoine Pascal, Curé de Saint-Michel, à qui les doigts de pieds ont gelé, le groupe arrive à Bardonnechia dans la vallée d’Oulx, dans les Etats du Roi de Sardaigne. Le groupe d’émigrés y séjourna pour respirer.
 
Saturnin Chaix s’installa et demeura dans la ville et province de Bielle sans discontinuité, il ne revient dans sa paroisse de Montgilbert qu’en 1802, après la signature du Concordat entre la France et le Pape qui redéfinit les relations entre l’Etat et l’Eglise. François Molin Curé d’Epierre fît lui des va-et-vient entre les deux côtés des Alpes, et ses mémoires sont une mine sur cette période.
 
***

Soigneux et préoccupé, le Curé de Montgilbert dans le même registre inscrit aussi :
« Il y a ici une grande lacune des registres de baptêmes (1) de mariages et de sépultures depuis l’exil des Curés à cause du refus du serment porté par la proclamation du 8 février 1793.

Ainsi ceux qui désirant se procurer des extraits des registres de Baptêmes, de Mariages et de Sépultures pourront recourir à la chambre de la Municipalité de la Commune où les actes desdits Baptêmes, soit naissances, Mariages, et Sépultures se sont passés par devant l’officier public muni des pouvoirs de la République française.
 
(1) Je les recueille dans un cahier non relié avec ceux fait par Mr Cantin curé en sa qualité de desservant pendant mon absence. »
 

 
Plus loin, dans le registre, lié aux sépultures, Saturnin Chaix note :
« Les droits funéraires de M. le Curé sont pour les chefs de famille douze livres
Pour le traitement dudit Curé, chaque faisant feu, doit une carte de froment, et une carte de seigle à l’envers, avouée par délibération du conseil de la commune du 15 juillet 1741. Brunier Secrétaire.
On paye un demi pot de vin pour chaque fosserée du vignoble de Rebuffet. »
Pour mémoire pour mes successeurs.
 
Petite précision, la carte ou quarte est une mesure pour les matières sèches. La fosserée est une unité de surface approximative, correspondant à la surface de vigne qu’un homme peut piocher dans la journée.
 
Un registre paroissial peut fort bien inciter à réviser l’histoire, et à se plonger dans les délices des anciennes mesures …. Procrastination vous dîtes ?

 

Sources
Archives départementales Savoie :
Registre paroissial Montgilbert 4 E 2354 vues 11,12 et 68
Gallica :
Souvenirs de la persécution soufferte par le clergé du diocèse de Maurienne pendant la période révolutionnaire par François Molin curé d’Epierre.