samedi 16 septembre 2017

Le manuscrit de Coucy le Château

Posé devant ma porte, par une main anonyme et mystérieuse, j'ai eu la surprise de trouver un rouleau de papier de couleur crème, entouré d’une cordelette de chanvre. Etonnée, je m’empare de ce document, dénoue le lien, le déplie. 

Sur ce manuscrit,  d’une belle écriture penchée,  je repère une devise : « Roy, ni prince ne suy,  Ni duc, ni comte aussy, Je suis le sire de Coucy ». Oh, que cela est étrange !

Une fois le manuscrit  complétement déroulé, consigne m’est donnée de me rendre au bailliage de Coucy  le 1er janvier 1722  - pour mon prochain RDVAncestral -  afin de découvrir des énigmes liées à mes ancêtres.
 
Point de département de l'Aisne en ce temps-là, puisque le Roi Louis XV régnait sur les sujets du Royaume de France.
 
En route donc pour Coucy le Château, où sur un éperon rocheux fût édifiée au 13ème siècle, une fière forteresse, dont les remparts pouvaient concurrencer d'autres citadelles de l’Occident médiéval. Au 14ème siècle, Enguerrand VII de Coucy, grand diplomate, fît du château un somptueux palais. Mais la Fronde était  passée par là, Mazarin ordonnât  le démantèlement de la forteresse et son abandon.
 
Coucy le Château - Delcampe
Sur le manuscrit, consigne m’est donnée d’entrer dans la petite cité  par la Porte de Laon,  flanquée à l’extérieur de deux grosses tours avec à l’étage une grande salle. Consigne m’est donnée de bien regarder à main droite pour trouver le premier billet glissé dans un interstice du rempart.

Effectivement après avoir un peu tâtonné, entre les pierres est glissé un papier plié en quatre. Instruction m’est faite de me diriger vers le cimetière, car Jean MARLOT mon ancêtre assiste à l'inhumation de son épouse Jeanne COLLECTE qui vient de s’éteindre à  l'âge de 53 ans.

Je me faufile, m’égare un peu entre les places irrégulières, les rues généralement étroites, tortueuses et mal pavées, avec des maisons basses de peu d’apparence.

La cérémonie vient de s'achever apparemment lorsque je pénètre dans l'enceinte du lieu du dernier repos. Je croise trois personnes pressées de rentrer chez elles, plus loin un homme est entouré  de proches qui finissent de lui présenter leurs condoléances. Cette silhouette, avec encore une cape jetée sur les épaules,  me laisse une impression de déjà vu. 

Je n'ose pas m'approcher, ce Jean MARLOT est-il le même que celui qui est l'époux d'Antoinette CHARLET ?
 
La dernière consigne du billet est de repérer une pierre tombale à proximité (et non une simple croix en bois) pour trouver un autre billet qui me guidera vers un autre lieu, un autre jour. Là je suis perplexe, je peine, la lumière baisse, Jean MARLOT part à son tour. De quoi j’ai l’air à errer dans un cimetière un jour d’hiver, qui plus est un premier janvier !
 
S’obstiner, surtout en généalogie, enfin sous un gros caillou à côté d’une pierre tombale : je déniche un autre billet, toujours plié en quatre. Consigne m’est donnée, de me rendre juste à côté, à l’église Saint-Sauveur de Coucy le Château le 17 février de la même année, soit 6 semaines plus tard,  pour un mariage cette fois !
 
Et magie d’un rendez-vous avec ses ancêtres, je suis aussitôt propulsée dans l’église voisine, le jour prévu, à la bonne heure.

Rapide coup d’œil au portail de la seconde moitié du 12ème siècle, qui se comporte d’un petit porche en saillie, décoré de trois rangs de colonnettes, supportant un nombre égal de torses, dont seule la première présente des sculptures.
Coucy le Château - Delcampe
Il me faut un moment pour m’habituer à la faible lumière de la nef, mais je suis arrivée à temps pour la bénédiction nuptiale de Jean MARLOT (mon SOSA 820) et Antoinette CHARLET (mon SOSA 821) et entendre le prêtre égrener les qualités des mariés. Comme souvent en cas de remariage, le prêtre ne mentionne pas la filiation de l'époux : Jean  est dit veuf et point final.

Mais je découvre qu'Antoinette est la fille de feu Jean Baptiste CHARLET et de défunte Anne BOUDERLINE, et vient de la paroisse Saint-Martin de Chauny.

Tout cela a été rondement mené, veuf éploré que nenni !

Ils se sont donc unis à Coucy mes deux tourtereaux, parents de Jean-Baptiste ! Antoinette a environ la trentaine, Jean un peu plus a priori, et certainement pas la cinquantaine comme sa première épouse.

Vais-je suivre le cortège jusqu'à leur domicile pour repérer leur maison ? Leur fils Jean-Baptiste a-t-il été baptisé aussi dans l’église Saint-Sauveur ? Et là puisque je suis dans une autre époque puis-je consulter le registre du prêtre dans la sacristie ou le lieu de dépôt ?
 
Réfléchie un peu pauvre distraite et impatiente si tu vas formuler cette demande auprès du prêtre,  il va te prendre pour une dérangée. Il vient tout juste de célébrer le mariage, il n'y a pas eu mention d'une reconnaissance d'enfant. Antoinette et Jean n'ont pas forcément fêté Pâques avant les Rameaux.

A tout hasard je me dirige vers la cuve baptismale et s'il y avait autour de celle-ci un autre billet sur un banc ou près d'un cierge ..... je tourne, je vire ; ce coin de l'église est très sombre.

Je sais que les fonts baptismaux romans du 11ème siècle,  sont remarquables et sculptés dans du marbre noir veiné de bleu. Je n’arrive pas à déceler les sculptures finement ciselées représentant des motifs végétaux des petits animaux, des petits personnages et de jolis visages.

Cependant, à main gauche, dans un missel oublié, dépasse un troisième billet plié en quatre comme les précédents : avec noté « même lieu le 11 janvier 1724 pour le baptême de Jean-Baptiste MARLOT». J'embrasse le billet.

Et là un peu plus de lumière,  puisque c’est un autre jour. Je vois la tante et marraine Reine CHARLET, demi-soeur de la maman, tenant avec précaution le nouveau-né et lui souriant, et Jean MARLOT le père très ému et tellement fier d'avoir enfin un héritier.

1722, 1724, 2017; enchaînement rêvé, cher à mon cœur, maillons dans la chaîne des générations.


Enchaînement qui complète une précédente rencontre dans le village de Barisis aux Bois où la petite famille s'est installée et qui est évoquée ici


Sources
AD 02 Coucy le Château-Auffrique BMS 1716-1735 vues 63, 65 et 92 
 

samedi 2 septembre 2017

Jean Bérard mendiant


En parcourant les pages du registre de la  commune de Beaufort sur Gervanne dans la Drôme, j’avais mis sous le coude un acte en raison d’une signature.

Finalement avec la nouvelle suggestion de Guillaume, du blog "Grenier des Ancêtres" d'adopter un ancêtre  #AdopteUnAncêtre,  si je vous proposais un billet pour cet "adopté" croisé en Dauphiné.

En l’an neuf de la République, le vingt deux fructidor, ou si on se rapporte au calendrier grégorien le 9 septembre 1801, était décédé à 4 heures du matin- à l’âge de 68 ans - Jean BERARD profession de mendiant.


Gallica - Les Gueux - J. Callot
 
Le défunt est dit veuf, natif de Châteaudouble et fils de Jean BERARD et Marguerite BERARD du lieu de Châteaudouble. Cette déclaration précise, recueillie par le Maire, est faite par Claude VINCENT (un très lointain grand-oncle) et par Mathieu CHAGIER maréchal ; témoins qui savent signer.

Etant intriguée, j’ai eu envie de me promener à Châteaudouble, village au pied du Vercors.

J’ai ainsi trouvé sur le registre de cette commune, que Jean BERARD était le fils d’un autre Jean BERARD et de Marguerite BERARD. Il a été baptisé le 26 février 1733 avec pour  parrain Sieur François PEYRACHE drapier et pour marraine Elisabeth GUERIMAND son épouse. Outre les signatures de ces derniers, il y a 3 belles signatures de nommés BERARD, dont une Suzette.


 
Continuant à être intriguée, après un petit tour sur Généanet, j’ai repéré le mariage des parents de Jean BERARD et découvert qu’il était l’aîné d’une fratrie nombreuse.

Jean BERARD et Marguerite BERARD se sont unis le 11 mars 1732 en l’église de Châteaudouble. Cette union fait suite à une bulle de dispense du 2e au 3e degré de consanguinité obtenue le 21 février précédent en la Vice-légation d’Avignon et délivrée par Messire Denis Drouet, Vicaire de Monseigneur l’Evêque de Valence destinataire de la bulle. Les mariés apposent leurs signatures, tout comme les 5 témoins, révélant une certaine aisance dans la famille.


Le prêtre indique que les mariés sont des nouveaux convertis, et que le dimanche d’avant, au cours de la messe paroissiale, ils avaient fait profession publique de la Religion Catholique apostolique et romaine. Le grand jeu des formalités, pour une famille qui avait dû  renoncer aux idées de la Réforme.

Là j’ai arrêté ma digression sur la famille du regretté Jean BERARD dit mendiant, qui m’a confortée dans l’idée qu’un coup d’œil sur les actes dévoile des éléments supplémentaires.

Jean BERARD était mendiant certes, seul vraisemblablement, mais connu dans le village, puisque les témoins énoncent son l’identité.


Sources Archives Départementales Drôme
EC Beaufort sur Gervanne an X1-1812 vue 92
BMS Châteaudouble 1643-1740 RC vue 260 et vue 267
 

samedi 15 juillet 2017

Baptême éclair pour Jean Marlot

Brume cotonneuse, humidité glaciale et pénétrante en ce début janvier 1728, la première approche avec Barisis aux Bois – dans le département de l’Aisne aujourd’hui- est rude. Je devine deux ou trois maisons basses. Suis-je réellement dans la bonne paroisse ou égarée ?

Pas âme qui vive, est-ce un rêve ? Au loin deux silhouettes féminines paraissent pourtant  se dessiner, l’une d’entre elle porte  précieusement un fardeau,  elles s’engouffrent dans un lieu. Est-ce l’église ce bâtiment avec une petite pointe qui semble se dégager du bouillard ? Le clocher ? Questionner les branches dénudées des arbres pour demander mon chemin ?

Gallica - Maisons picardes

Soudain un homme débouche d’un pas très pressé, avec une cape jetée par-dessus ses vêtements,  un chapeau au large bord bien enfoncé. S’il vous plait Monsieur, je cherche la maison de Jean MARLOT charron ? Je m’entends dire suivez-moi d’abord à l’église !

L’église n’est pas très grande, les deux femmes entrevues sont là, avec un bébé bien enveloppé dans un châle, le sacristain aussi vraisemblablement.  Je reste dans le fond de la nef. L’homme rencontré s’avance à la hâte vers les fonts baptismaux.

L’officier du culte a la mine assez renfrognée, le 12 janvier 1728 c’est le deuxième baptême de l’année et c’est encore un enfant illégitime. L’affaire est rondement menée et le bébé entre vite dans la communauté de l’Eglise.

Je découvre que l’enfant est prénommé Jean comme Jean MARLOT le parrain, avec pour marraine Marie Jeanne Levasseur. La mère Marguerite Dubois est dite majeure, fille de défunt François Dubois et de Marguerite Bouhoury.

La pauvre éconduite, comme la loi l’obligeait pour une femme non mariée, a fait une première déclaration de grossesse  le 14 septembre 1727 au Greffe de la Justice de Barisis : celle-ci est dite nulle et fausse. Marguerite la maman, le 5 novembre suivant, devant le premier notaire royal du Baillage de Coucy avec 2 témoins de son village, est revenue sur sa déclaration et indiqué que sa grossesse était les faits et œuvres d’un homme inconnu en allant au bois …  Désemparée quel homme avait-elle désigné, y-a-t-il eu des pressions pour lui faire dire une version édulcorée ?  On ne le saura pas.

Acte découvert au hasard, précieux à plusieurs titres, Jean MARLOT mon ancêtre n’était peut-être pas un parrain très spontané, mais désigné ou requis s’agissant d’un enfant illégitime. Indice de début 1728 révélant qu’il était déjà installé comme charron à Barisis aux Bois avec sa famille.

La minuscule assemblée s’égaye prestement, il fait encore plus froid, de quoi frissonner davantage. Et le nouveau-né va-t-il résister à cette épreuve ?
 
 
Gallica - Greuze
Je m’évertue à suivre le rythme des pas de mon homme, à deux doigts de claquer des dents. Je pénètre dans le logis de Jean MARLOT et de son épouse Antoinette CHARLET mariés depuis 6 ans. Ils ont un fils Jean-Baptiste MARLOT qui la veille a eu 4 ans.

Mon hôte doit reprendre son travail de charron, et rattraper son retard, difficile dans ses conditions de le questionner sur son village d’origine, et sur les noms de ses parents ou de m’expliquer son métier. 

Obligeant, il demande à Antoinette de me donner quelque chose de bien chaud pour me réconforter. S’interroge-t-il intérieurement sur le bizarre personnage croisé sur son chemin,  dont les mains sont tendues vers la cheminée pour profiter de la chaleur des flammes. De toute façon Jean MARLOT est un taiseux. Il s’éclipse …

Discrète et vive,  Antoinette CHARLET me sert dans une écuelle en bois une bonne soupe, en milieu d’après-midi c’est une première pour moi. Installées toutes deux sur un banc, je me réchauffe et me sens bien sans envie de parler et d’interroger.

Pendant tout ce temps Jean-Baptiste MARLOT, grand bambin assez costaud pour ses 4 ans, qui n’est pas né à Barisis aux Bois, m’a observé fixement. Air de dire : ce n’est pas  trop tôt  de venir dans notre paroisse.

Il tient à la main une petite roue sûrement confectionnée par son père. Il grandira dans un foyer lui, et apprendra le métier de charron,  homme-orchestre très souvent parrain ou témoin dans les registres. Jean-Baptiste MARLOT épousera Marie-Barbe DAUBENTON fille de Jean-Louis DAUBENTON garde-ventes évoqué précédemment ici.

Capsule temporelle rêvée ou pas, je disparais pour revenir à l’occasion, lors d’un autre  RDVAncestral mensuel  initié par Guillaume du Blog  Grenier des Ancêtres.
#RDVAncestral
 
Sources

AD 02 Barisis aux Bois  BMS 1721- 1750  Baptême vue 46

samedi 17 juin 2017

RDVAncestral - L'alphabet d'Isabelle

 « Mais passez donc me voir » m’écrit Mademoiselle Amandine Bachasse institutrice communale à Montmeyran dans la Drôme en 1896. Tiens donc et si je saisissais l’occasion offerte de me rendre à l’école primaire de ma grand-mère maternelle Isabelle ARNOUX ?

Je laisse de côté les écoles du village où vont les enfants de la partie ouest de la commune. Je sais qu’Isabelle - comme ses sœurs Désirée et Nésida -  sont allées à l’école primaire du hameau des Dinas ainsi que les autres enfants de la partie est de Montmeyran.  Pas loin, l’école de garçons du hameau des Rorivas a vraisemblablement accueilli leur frère Bénoni.

L’école de filles des Dinas existe depuis 1856. Au départ sous la loi Guizot, c’est une école confessionnelle protestante où les études sont payées par les familles, avec une aide de la commune pour la scolarité des enfants indigents, commune qui assure aussi le traitement du maître protestant. Avec la loi de 1881 sur l’enseignement de Jules Ferry, il s’agit de l’enseignement public et laïque et l’école a été remise à l’Etat. 


Collection personnelle
 
Ayant rêvassé, je suis en retard. Je n’ai pas vu partir plusieurs enfants  du hameau des Dorelons et marcher d’un bon pas vers le hameau des Dinas pour rejoindre leur école.

Au moins deux fois par jour, si ce n’est quatre, c’est un bon kilomètre que doivent faire à pied Isabelle et ses petits camarades. Il n’est pas question de musarder le long de la rivière l’Ecoulay sur la gauche pour repérer d’éventuelles truites ou de lorgner les nids dans les arbres.

Avec la température clémente de juin, les fenêtres de la salle de classe sont ouvertes, j’entends  la maitresse. Melle Bachasse m’aperçoit, me fait signe et m’invite à entrer dans l’école. Les enfants étonnés se lèvent aussitôt, et claironnent « bonjour Madame  » Oups voilà j’y suis !

Bon comment l’institutrice va me présenter ? Celle-ci inventive dit « c’est une ancienne élève qui a quitté la région et qui se demande comment se déroule la classe maintenant. Les enfants faites comme si elle n’était pas là » 

Les élèves se rassoient et replongent le nez sur leur ardoise, alors que je m’installe tant bien que mal sur un banc d’école au fond.

Coup d’œil dans la pièce : le tableau noir sur lequel on écrit à la craie, l’éponge pour effacer. Tiens quand j’étais petite c’était une brosse.  Le bureau de la maîtresse sur une  estrade. Le plan incliné du bureau des écolières, les trous où sont installés les encriers blancs avec l’encre violette et à côté le porte-plume et pas loin le buvard.

Coup d’œil aussi sur les élèves, toutes portent une blouse pour protéger leurs vêtements. Je repère ma grand-mère Isabelle née en 1888, elle est âgée de 7 ans, des yeux bleus, blondinette aux cheveux fins qui sont tressés.

Elle est dans le niveau élémentaire et doit trouver la solution à des questions d’arithmétique : 12 mètres de drap ont couté 204 francs : quel est le prix d’un mètre de drap ?

Une personne gagne 218 francs par mois et dépense en moyenne 7 francs 25 par jour : quelles sont ses économies annuelles ? Je vous vois sourire : ne pas sortir le boulier électronique et il convient de trouver la bonne réponse.

Les petits du niveau préparatoire ont seulement à résoudre : une marchande a vendu au marché 3 douzaines d’œufs, combien a-t-elle vendu en tout ?

L’institutrice se déplace entre les bureaux pour regarder les calculs sur les ardoises, et incite ensuite les élèves à donner les réponses en fonction des doigts levés. Les gamines en profitent pour observer le fond de la classe et la curieuse intruse.

Si elle suit, pour les différents niveaux de sa classe, les propositions de sujets et d’exercices du journal d’enseignement qu’elle reçoit, Melle Bachasse essaie aussi d’innover un peu.

« Bon maintenant, on révise le vocabulaire appris en prenant toutes les lettres de l’alphabet. » Tiens donc, une petite musique de juin.

Des mots sont égrenés facilement : abeille, canard, dindon, fontaine, gerbe, hache, jardin, lapin, noisette, œuf. Le rythme se ralentit avec le Q : la quenouille doit pourtant être encore présente dans les foyers, pour le violon c’est moins sûr. Et quant aux X Y Z je vous laisse découvrir.

Gallica - Alphabet des enfants sages


Je ne vous dirai pas les mots trouvés par Isabelle, c’est un secret. Le soir en rentrant sa grande sœur Désirée peut la conseiller pour ses devoirs, car sa sœur Nésida est pensionnaire pour devenir institutrice comme le sera la benjamine ma grand-mère. Jean Pierre ARNOUX et Noémie Olympe LAGIER mes arrières grands-parents, agriculteurs, tenaient à ce que leurs filles poursuivent leurs études.

Isabelle ne sait pas que j’ai évoqué son aïeul Jacques ARNOUX  ici.
Va-t-elle penser que je l’ai espionnée ?

Se pencher sur l’Instituteur pratique ou autre revue similaire est fort instructif pour se faire une idée de ce qui était enseigné et demandé aux élèves de la fin du 19ème siècle, à défaut d’avoir les cahiers de son ancêtre.

C’est le recensement qui m’a livré le nom de la maîtresse de ma grand-mère Isabelle ; Amandine Bachasse, célibataire, est née en 1849 à Saint-Romans en Isère.

Voilà je suis retournée à l’école.


Sources
L’Instituteur pratique : journal d’enseignement primaire juin 1895 
Réponses  17 francs, et 293.75 francs et 36.

samedi 20 mai 2017

RDVAncestral - Deux oui pour Angélique

Angélique, ma marquise des montagnes, a quitté son village natal d’Orelle, pour son promis Florentin, gars de la terre dans le village d’Avrieux en Savoie. Quelques lieues, quatre à cinq heures de marche séparent les deux paroisses. On devrait plutôt dire : 18 kilomètres séparent les deux communes, car on est dans le Département du Mont-Blanc et l’arrondissement de la Maurienne sous le Premier Empire.

AD 73 - extrait carte 1800
 
En 1813 voici deux mois, Florentin PORTAZ - 22 ans - fils de Joseph PORTAZ et de Catherine PASCAL a épousé  Marie Angélique BARD - 23 ans - fille de Claude BARD et de défunte Anne JULLIARD originaires d’Orelle. Tous les protagonistes sont laboureurs.

J’ai regardé attentivement à partir d’Orelle, me demandant si Angélique avait passé l'Arc au pont des chèvres pour ensuite filer à Saint-André, traverser Modane et Le Bourget, avant d’atteindre sa destination.

La cérémonie  du transport du trousseau et du mobilier, en cortège dans un char tiré par des mulets, a-t-elle été respectée ? Je le pense, car elle a un sens symbolique d’une étape de séparation : la future allant vivre dans la maison du mari. En raison de la distance, c’était peut-être la veille.

Arrivée à Avrieux, je jette un coup d’œil à l’église, note ses maisons ramassées tout autour, proches les unes des autres comme pour se protéger à la mauvaise saison. Tout est calme, les femmes s’affairent à l’intérieur en ce début d’après-midi de mai. Le ciel est lumineux, l’air assez frais à plus de 1000 mètres d’altitude et la fière Dent Parrachée veille sur la vallée.

Je trouve Angélique à côté du puits, son seau est posé sur la margelle. Elle a l’intuition que je me suis attachée à elle, à son Florentin, ses proches, ses descendants.

Gallica - Puits

Me dira-t-elle s’il s’agit d’un mariage où les sentiments avaient leur place, si elle est bien ou peu dotée ? D’autant qu’il convient aussi de renouveler le patrimoine génétique des familles. J’espère que le promis ne convole pas uniquement pour échapper à la levée supplémentaire de soldats, après la désastreuse campagne de Russie de Napoléon en 1812, au moment où l’Europe gronde.

En tout cas Angélique et Florentin ont prononcé deux fois oui !

Angélique m’a chuchoté que pour des histoires de papiers, ils sont passés devant le maire pour dire leur premier oui. Je lui confirme qu’Alexis DUPUY était bien la personne compétente le mercredi 17 mars 1813 pour constater la validité de l’union avec son Florentin.

Je garde pour mon moi l'idée que les nouvelles règles sont précieuses pour l’histoire de sa famille. J’ai ainsi découvert les dates de naissance des mariés, celle du décès de sa mère, les noms et professions et âges des témoins choisis. Il y a quand même du bon dans le nouveau code : appelé tantôt code Napoléon, tantôt code civil selon les changements de régime …

Et merveille pour la Savoie – enfin pour le généalogiste -  cette époque m’a fait découvrir les premières signatures de mes ancêtres savoyards. Certes c’est écrit Porte dans les actes,  prononcé parait-il Porta et  signé tantôt Porte, ou Portaz. Pour ce patronyme, c’est toujours aussi confus qu’au siècle précédent.

Mais j’ai les signatures de Florentin, de son père Joseph et des quatre témoins tous laboureurs et tous d’Avrieux, signatures qui donnent l'impression qu’ils savent lire et écrire. Joseph PORTAZ a d’ailleurs été adjoint au Maire quelque temps. Angélique et son père ne signent pas.

Angélique m’a chuchoté que le plus important, c’est le mariage religieux. Devant le prêtre les mariés ont dit oui pour la seconde fois, et c’est ce qui est valable pour les habitants. Le registre paroissial conservé, en latin, est plus succinct, mais il y a la mention de la dispense accordée en raison de l’union en temps prohibé, car on était proche des fêtes de Pâques. Un des témoins religieux était présent déjà à la mairie, le second est le parrain du marié.

Angélique était-elle habillée de noir, robe neuve ou celle de sa défunte mère comme c’est parfois la coutume. Avait-elle une ceinture blanche ou de couleur, peut-être ornée de clinquants et de chaînettes, nouée par sa fille d’honneur le matin, et dénouée le soir par son nouvel époux.

Je n’ai pas osé demander si la noce s’est déplacée en cortège dans le village, si les invités étaient nombreux lors du repas, s’il y avait un vieilleux pour les faire danser. Des craintes d’une nouvelle famine, en raison des mauvaises récoltes de l’année précédente, devaient tarauder les villageois.

Le plus important pour toutes les deux est le moment partagé, un moment de pause pour Angélique, comme un instant volé qui lui est personnel. Elle s’adapte progressivement à la cohabitation avec ses beaux-parents, ses beaux-frères et belles-sœurs dans un nouveau logis. Elle n’a pas le temps de rêver avec tous les tâches à accomplir à l’intérieur, et aussi dehors aux champs pour aider les hommes. 

Oui, il y aura des enfants, je lève le doute : au moins 5.

- Jacques-François marié à Euphrosine CORDOLLAZ mes ancêtres,
- Christine mariée à Etienne DUPUY
- Marie-Dominique et Benoîte (évoquée ici) restées célibataires
- Un angelot au prénom inconnu.

Si l’échange vous paraît un peu confus, disons que c’est lié à l’altitude ou le fait d'avoir remonté le temps. C’est aussi une prise de contact avec la Haute Maurienne.

Angélique des montagnes et Florentin au prénom peu usité, je vous remercie de m’avoir guidée vers votre belle région et incitée à me renseigner sur votre quotidien.  


Sources
Archives départementales Savoie
Avrieux EC 1812-1813 3E 495 vue 38 et RP 1803-1823 vue 61

vendredi 12 mai 2017

Demoiselle Polixène

C’est tout simplement la sépulture en 1776 d’une enfant noble, de 2 ans 28 jours, sur la petite commune de Beaufort sur Gervanne dans la Drôme, croisée au fil des pages d’un registre. Le rédacteur de l’acte s’est appliqué d’une belle écriture, compte tenu de la filiation de ladite demoiselle.
 
Gallica - Fillette - Antoine Watteau
 « Le dix neuf janvier mille sept cent soixante et seize dans l’église paroissiale de Beaufort a été ensevelie par moi curé commis soussigné,
le corps de demoiselle Polixène de Clerc la Deveze morte le jour précédent âgée de deux ans vingt huit jours, fille naturelle et légitime de très haut et très puissant Seigneur Pierre Paul René François Marquis de Clerc la Deveze, chevalier de l’ordre royal et militaire de St Louis Seigneur du présent lieu de Beaufort, Gigors, Pierrerue, Ferrieres, Rieussales et autres lieux…
et de très haute et très puissante Jane Magdeleine Angélique de la Tour du Pin Montauban son épouse
Ont assisté à la sépulture Demoiselle Magdeleine Portier Carierre, Demoiselle Marianne Martin Portier, Jean Nier et François Berard,  le premier de ce enquis et requis
Rochan curé commis »


On est au début du règne de Louis XVI : Demoiselle Polixène est ensevelie dans l’église car par son père elle est issue d’une famille originaire de Saint-Pons en Languedoc, et par sa mère elle a un enracinement dans le Dauphiné.

Son grand-père Jean-François, marquis de Clerc La Devèze, brigadier des armées du Roi Louis XV, mourut en 1748 des suites des fatigues qu'il essuya (sic) dans l'île de Cazau dont M. de Lowendal lui avait confié le commandement pendant le siège de la ville de Berg-op-Zoom, dans les Provinces-Unies. On est là dans un épisode de la guerre de Succession d'Autriche.

De son mariage avec Marie Renée Lucrèce de La Tour du Pin Montauban, il laissa entre autres enfants, Pierre Paul René François, marquis de Clerc La Devèze, né en 1736.

Ce dernier, père de Polixène, fut page du Roi à la petite écurie, puis capitaine d'infanterie, marié en 1763 avec Madeleine Angélique de La Tour du Pin Montauban, sa cousine germaine, dont il eut deux fils jumeaux, nés le 22 octobre 1766.

L'un des frères de Polixène fut le marquis de Clerc de La Devèze, père de Raoul de Clerc de La Devèze. Celui-ci, membre du conseil général de l’Aisne son département, fut élu représentant du peuple à l'Assemblée législative au mois de mai 1849 pendant la courte seconde République.

Petit clin d'œil  avec des serviteurs du pays, qui bizarrement, relie deux départements concernés par mes recherches.
                         
Avait-on expliqué à l’enfant qu’elle tenait son prénom de la mythologie grecque, princesse troyenne, fille de Priam et d’Hécube, qui fut aimée d’Achille…

Claude VINCENT armurier et maitre-serrurier, son épouse Louise ROLLAND (mes ancêtres sur Beaufort sur Gervanne) et leurs enfants, avaient-ils croisé la petite Demoiselle ou ses très hauts et puissants parents … En tout cas les  gentes dames qui sont les témoins pour Polixène, furent marraines des enfants du couple. 


Sources : Annuaire de la noblesse de France 1851 page 352
Gallica/BnF : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k36579p/f371.item
http://saint-pons-de-thomieres.pagesperso-orange.fr/clerc-sahuc.html