vendredi 23 février 2018

Un an tout juste

Tombée dans les filets d’une ronde malicieuse, attachante ou irritante, je présentais mon blog, il y a tout juste un an. Premiers pas, petits pas, aujourd’hui pourquoi ne pas enfiler ces chaussons du « premier âge » chaussons de soie blanche, qu’aucun de mes ancêtres ont porté, car d’extraction bien trop modeste !
 
Emue et étonnée de l’accueil fait à la Ronde des Ancêtres, tenir ce blog débutant constitue en soi un bonheur généalogique. Lecteurs connus ou inconnus, proches ou lointains, soyez en remerciés. Tout lecteur et toute réaction constitue un encouragement.
 
J’avais été vivement incitée à me lancer dans cette aventure, lors d’une rencontre avec Marie, une fée qui navigue dans une forêt. Il y avait les tentations de Sophie avec les généathèmes, et la curieuse machine à remonter le temps inventée par Guillaume pour rencontrer chaque mois ses ancêtres lors d’un rendez-vous.
 
collections.lacma.org
 
Sur une année 23 billets ont étés publiés, 10 billets ont pour cadre la Savoie, 5 se situent dans la Drôme et 6 dans l’Aisne. Je me suis trouvée ainsi embarquée dans 8 généathèmes, et 10 Rendez-vous Ancestral. Rassurez-vous, pas d’autres statistiques !
 
Avec les généathèmes, je me suis plongée avec délices dans des textes vieux de trois siècles pour cerner le métier de garde-vente exercé par plusieurs de mes ancêtres dans les forêts de l’Aisne. Je n’ai pas regretté l’exercice de 100 mots pour un ancêtre avec Anne ma chère épine en Savoie. Quant au thème sur le patois, je l’aurais reporté aux calendes grecques, s’il n’avait été suggéré.
 
Je me souviens de mon émotion lors de la préparation de mon premier RDVAncestral  Au pied du donjon d'Ambleny , et j’ai utilisé cet exercice pour esquisser un fil de vie  Dépoussiérer Marie Catherine Rossignol, ou plus récemment faire le point sur des filiations Quadruple mariage à Montmeyran.
 
Du genre, pseudo organisation : j’ai des pistes pour 6 ou 8 prochains RDVAncestral !
 
Bon ce n’est pas tout, cette ronde qui tient à peine sur ses jambes, et ne connaît pas vraiment le B.A-BA va-t-elle être capable d’apprendre d’autres lettres de l’alphabet qui en compte 26 sauf erreur. Au cas où il lui viendrait l’idée farfelue et téméraire de se lancer dans un truc qui s’appelle le Challenge de AZ ? Quoique certains de mes ancêtres m’attendent au coin du bois ou du carrefour ?
 
Enfin « ma » ronde passe en deuxième année ! Quelle histoire, on va ranger les chaussons de soie, ils sont fragiles. A bientôt.
 

mercredi 21 février 2018

Sortir le poilu Albert de l'ombre

Racontez-moi nos ancêtres, raconte-moi Oncle Albert et un peu ses parents Louis Xavier PORTAZ et Sylvie Ludimille AUDE à l’issue de la Première Guerre Mondiale. Oui je sais c’est loin 1914-1918, et cela suppose qu’un descendant s’intéresse à ses aïeux et ses collatéraux.
 
En cette fin novembre 1918, juste après la signature de l’Armistice le 11 du même mois à Rethondes en forêt de Compiègne, mes arrière-grands-parents paternels, Sylvie et Louis sont encore endeuillés par la perte de leur fils Albert au tout début du conflit en 1914. Trois de leurs filles sont au loin dans la capitale, certes leur fils aîné Louis Célestin PORTAZ,  époux d’Annette Philomène GERVASON, n’est pas parti au front, en tant qu’employé des Chemins de Fer il est resté en Savoie. Endeuillés comme tant de familles, de plus mon arrière-grand-mère Sylvie doit être souffrante, elle décèdera en décembre.
Gallica
 
Raconter Albert François PORTAZ,  mon grand-oncle paternel,  né le 11 décembre 1891 en Savoie à  Fourneaux (à côté de Modane en Maurienne), c’est préciser qu’il est le 4e enfant de Louis Xavier PORTAZ employé aux Chemins de Fer et de Sylvie Ludimille AUDE.
 
Selon les affectations de son père il habitera à Petit Cœur (rattaché aujourd’hui à La Léchère) et à Grand Cœur (rattaché actuellement à Aigueblanche). Puis Albert vivra à Aiton et enfin à Aiguebelle au sein d’une fratrie de 8 enfants.
 
Sa fiche matricule révèle qu’Albert mesure 1m60, avec des cheveux et sourcils châtains clair et les yeux bleus jaunâtres : oh ces descriptions des fiches matricules, pourtant précieuses. Mentionné en 1911 comme  ajusteur lors du recensement d’Aiguebelle, il se dit forgeron en 1912 lors de son incorporation, pour un niveau d’instruction 2 (sait lire et écrire). Ajourné  en 1912, il est incorporé comme soldat le 10 octobre 1913 au 30ème Régiment d’Infanterie à Annecy en Haute Savoie.


Delcampe - Lac d'Annecy
Dès le 4 août 1914, le Régiment est prêt, et Albert François PORTAZ fait partie des 3 bataillons rassemblés au bord du Lac d’Annecy pour la cérémonie du Drapeau.
 
«Cette cérémonie déjà si impressionnante  ordinaire, l’est encore plus en ce jour, à la veille d’événements qui vont décider du sort de la France. Dans le cadre si riant, et si joli du lac, sous un soleil radieux d’été, elle gagne encore en beauté ; à la sonnerie «au Drapeau !» gradés et soldats les yeux rivés sur l’emblème de la Patrie, font le serment intime de donner leur vie pour défendre ce sol que l’Allemand veut nous ravir ».
 
Arrivé à Epinal vers les 6 -7 août, ce sera pour Albert d’abord la campagne des Vosges entre le 15 et le 28 août 1914 : «  on s’est battu sans arrêt; les hommes ont vécu de pommes de terre arrachées dans les champs, soumis constamment au tir démoralisant de l’artillerie lourde allemande. Malgré tout le moral est resté élevé, et le 28 les troupes sont prêtes à reprendre l’offensive. ».
 
L’Historique du 30ème Régiment d’Infanterie indique que l’ennemi bat subitement en retraite le 12 septembre 1914, et de ce fait le Régiment peut rentrer à Saint-Dié. Ce même document précise que le Régiment : « a perdu presque tous ses cadres de l’active et de la réserve présents à Annecy le 4 août. ». Et combien de pertes de simples soldats ?
 
Le régiment d’Albert débarque le 20 septembre 1914 en gare de Saint Just en Chaussée dans l’Oise sous une pluie torrentielle.


Delcampe - Gare St Just en Chaussée
C’est le début des combats dans les Secteurs de la Somme et de la Course à la Mer ; il reste 10 jours à vivre à Albert François PORTAZ. Dans le pays de Santerre, au sein d’une zone entre les communes de Corbie, Albert et Péronne, ce sont de dures étapes avec des pertes cruelles, et un dur combat. Cet adjectif est répété dans l’Historique du régiment.
 
Difficile de savoir si c’est vers Faucaucourt en Santerre, Cappy ou Eclusier, et dans quelle circonstance qu’Albert sera grièvement blessé et transporté à l’Hôpital d’Harbonnières où il décèdera le 30 septembre 1914,  par suite de ses blessures : Mort pour la France. Il n’avait même pas 23 ans.
 

Extrait Journal Officiel 1920 
Le Journal Officiel de 1920, mentionne qu’Albert François PORTAZ, soldat brave et dévoué, a été frappé mortellement à son poste de combat. Il est décoré de la Croix de Guerre avec étoile de bronze.
 
Enterré dans le cimetière de la commune d’Harbonnières,  il a été transféré dans l’ossuaire 4 de la Nécropole  nationale de Lihons dans la Somme. Le nom de mon grand-oncle  figure sur la stèle de cette Nécropole, ainsi que sur le monument aux morts d’Aiguebelle en Savoie.
 
Modestes lignes glanées sur divers documents, modeste devoir de mémoire, mais quel était l’homme : son caractère, ses projets : avait-il une fiancée et ce comme pour bien d’autres poilus disparus au début du conflit. Le prénom d’Albert a été donné à un de ses neveux. Voilà ce que je peux murmurer à Sylvie Ludimille et Louis Xavier.
 
Pour conclure, je souhaite évoquer pour le 30ème Régiment d’Infanterie un des moments de fraternisation mentionné  dans l’Historique du régiment : « Le 28 décembre 1914 des relations de tranchée à tranchée entre nos troupes et les Bavarois. Un certain nombre de nos hommes et des Bavarois sont sortis des tranchées et se sont rencontrés à mi-distance environ, et se sont serrés la main, échangés des journaux, des cigarettes et provisions de diverses natures.»


***
 
Il s'agit du deuxième billet sur le thème #RMNA Raconte-moi Nos Ancêtres
Saison 1 - Année 1918 suggéré par la "team" de RDVAncestral
http://rdvancestral.com/rmna/

Sources
Archives de la Savoie
Mémoire des Hommes
Gallica : Historique du 30e Régiment d'Infanterie 

samedi 17 février 2018

Décédé à l'hôpital du séminaire

« Ça va aller, vous pouvez me laisser » Deux femmes s’éloignent en cette journée d’été 1811 : il y a tant à faire à Montgilbert. J’aperçois Anne Poti toute repliée sur elle-même, assise sur un muret de pierre, anéantie, désespérée, ratatinée par la souffrance, comme une petite vieille alors qu’elle a environ 55 ans.
 
En ce jour, Anne POTI Sosa 89 est incapable de rejoindre dans les champs son époux Denis ROSSET Sosa 88. « Ils m’ont pris mon fils, ils ont tué mon petit ».
 
Oh mon Dieu que se passe-t-il alors que j’atteins ce petit village de Savoie ?
En 1811 Montgilbert est dans le nouveau Département du Mont-Blanc depuis la Révolution et terre du Premier Empire désormais.
 
Gallica Vieille femme Henry Monnier
« Vous qui n’êtes pas d’ici, peut-être de la ville, expliquez-moi pourquoi on nous prend nos fils ? La guerre au loin, très loin. Blaise, mon petit Blaise, je ne le reverrai pas. »
 
Anne Poti me tend alors un papier officiel. Elle me relate de façon un peu décousue qu'hier le Maire Pierre David est venu les voir, car il devait noter sur son grand registre le décès de leur fils Blaise ROSSET.
 
Comme un coup sur la tête pour Anne, parce qu’en tant que mère, obstinément elle ne croyait pas à l’irrémédiable, malgré ce qu’il se murmurait, malgré l’absence de nouvelles depuis deux ans. Elle se remet à pleurer, je lui prends les mains, m’installe à ses côtés, silences, regards sur les champs en contre-bas.
 
« C’est vrai ce qu’il a dit Monsieur le Maire  ? Il ne s’est pas trompé ? »
 
En lisant la transcription faite la veille 17 juillet 1811,  je découvre qu’à même pas 19 ans Blaise ROSSET  a été enrôlé dans l’Armée en 1809 sous le Premier Empire.
 
L'année 1808 ouvrit l'ère des énormes levées de conscrits: d'importantes consommations d'hommes dans les campagnes de la Grande Armée de Napoléon, et l'ouverture du second front en Espagne, creusant des trous qu'il faut sans cesse combler. Les meilleures divisions de la Grande Armée sont jetées en Espagne, qui ne les rendra pas. En moins d'un an, l’Empereur demande trois conscriptions.
 
Que dire à une mère éplorée, que la patrie était en danger et qu’il fallait la défendre, envers et contre tout, alors que Napoléon était lancé dans des conquêtes sans fin ? Que représentaient, pour les habitants d’un petit village de la Savoie luttant au quotidien pour arracher à la terre leur subsistance, tous ces chamboulements de régimes, d’administration, d’état-civil, cette conscription pesante et rapprochée sur tous les hommes valides ?
 
Ah, ce fichu acte est précis : Blaise ROSSET - un lointain grand-oncle - était  Chasseur du Troisième Régiment d’Infanterie Léger, cela sonne bien, et signifie  qu’il mesurait plus de 1, 70 mètre, donc grand pour cette époque. Célibataire, ayant tiré un mauvais numéro, sa famille ne pouvant payer un remplaçant, il était bon pour un service militaire de cinq ans.
 
Blaise est donc entré comme conscrit le 9 avril 1809. Anne votre fils a été malade, et s’est à la suite d’une fièvre qu’il est mort à l’hôpital du séminaire le 29 avril 1809, soit 20 jours après son incorporation.
 
Ce soldat n’aura pas usé son bel uniforme et un livret à son nom a-t-il seulement établi ? Je remarque qu’il a fallu 2 ans à l’administration militaire pour transcrire le décès à Paris, et 2 mois et demi de  plus pour que la pièce officielle arrive sur le bureau du maire.
 
« C’est où cet hôpital, ce séminaire, et la ville ? Il a été enterré où mon fils ? Il y a eu une messe ? »
 
Je relis l’acte établi par le Secrétaire général du Ministre de la Guerre : si l’endroit du décès est indiqué, la commune n’est pas mentionnée. Que puis-je répondre à cette maman effondrée ?
 
Vous savez Anne, je me souviens avoir lu qu’un important séminaire à Annecy était dirigé par l’ordre des Lazaristes , ceux-ci comme bien d’autres, furent réquisitionnés pour loger une partie des troupes. Ce séminaire fut aussi retenu pour établir un hôpital pour soigner les soldats blessés ou malades de passage.
 
« Ah bon ! Au fait pourquoi vous êtes là ! Vous êtes qui ? »

J’explique à Anne que je suis une lointaine parente, et que j’aime la montagne, et comme d’autres personnes je rencontre chaque mois un ancêtre. Je dis mon désarroi devant sa peine, n’ose évoquer ses autres fils d’autant que l’aîné aussi célibataire est peut être soldat, les deux fils cadets dont mon ancêtre François-Joseph sont encore jeunes  …
 
« Faudra revenir, quand je serai moins tourneboulée et que mon homme il sera à la maison, et dans d’autres circonstances ».

D’accord Anne, je viendrai vous revoir bientôt pour un autre rendez-vous ancestral.
 
En attendant vous pouvez retrouver ici : Anne ma chère épine

 
Petit rappel, si les dialogues et descriptions sont pure fiction, les personnes citées ont bien vécues dans les lieux cités et dates évoquées. Cette façon de voir sa généalogie a été initiée par Guillaume du Blog Le Grenier de nos Ancêtres.
Les billets des blogueurs sont regroupés sur un site :
RDVAncestral

Sources
- AD Savoie Montgilbert
- Fondation Napoléon : La conscription sous le Premier Empire
- Image du livret militaire tirée du site de Fréderic Berjaud :
le 3e régiment d'infanterie légère
- Gallica : Chanoine C.M Rebord ;
Grand Séminaire du Diocèse de Genève Annecy Chambéry



 

jeudi 15 février 2018

Isabelle seule avec Jeanne pendant 4 ans

Racontez-moi vos ancêtres, raconte-moi Isabelle seule avec sa petite pendant 4 ans de 1914 à 1918. Oui ce n’est pas récent cette Première Guerre Mondiale, surtout pour Anatole, Noé ou Florine notamment … Isabelle ARNOUX est leur arrière-arrière-grand-mère.
 
L’Europe grondait en ce début d’été 1914, les nouvelles n’étaient pas bonnes. C’était pourtant le bonheur au foyer d’Isabelle et Emile avec la naissance de leur premier enfant : la petite Jeanne Isabelle aux yeux bleu-gris comme ses parents. 
 

Braine à droite les Ecoles
 
Mariés dans la Drôme en 1912, Isabelle ARNOUX et Emile Octave Georges MERCIER tous deux instituteurs, vivaient à Braine dans l’Aisne. Cette petite ville de 1500 habitants en 1914, est située à 32 km au sud de Laon la préfecture, et à 22 km à l’est de Soissons, fièrement dominée par l’ancienne abbatiale Saint-Yved des 12e et 15e siècles.
 
Le tumulte se rapprochait encore, mais ils étaient trois maintenant avec Jeanne témoin de leur amour, petit bout synonyme d’espoir et d’avenir commun. Isabelle et Emile étaient-ils conscients que ce moment si privilégié serait si bref ?
 
Isabelle, Emile jeunes parents de 26 et 28 ans et leur bébé Jeanne auront été ensemble trois semaines seulement.
 

Braine Isabelle et Jeanne
Avec la déclaration de guerre et l’ordre de mobilisation générale, tous les hommes devaient se séparer de leurs proches, les embrasser tendrement et partir tout de suite. Emile MERCIER mon grand-mère paternel, caporal, arrive au 67e Régiment d’Infanterie le 4 août 1914 à Soissons, il entre en campagne le 12 décembre de la même année.
 

Pendant ce temps l’armée allemande déferle sur la France, envahit le département de l’Aisne, Barisis les Bois où demeurent les parents d’Emile est sous la botte de l’ennemi dès ler septembre 1914. L’avancée allemande atteint Braine dans la foulée où Isabelle demeure avec son bébé, toutefois la petite ville redevient française dès le mois d’octobre suivant.
 

Braine est avant tout une base arrière et joue un rôle essentiel dans la logistique du front du Chemin des Dames tout proche. Plusieurs axes de communication majeurs passent par la ville. C’est le point obligé de la plupart des troupes qui vont vers le front ou en reviennent.
 
 Jeanne Isabelle Mme Loubry et sa fille
Cependant Isabelle qui est institutrice a repris son travail, je sais qu’elle avait en charge les petits, mais avec le départ des maîtres des changements ont pu intervenir. J’espère qu’elle était  entourée par des amis ou connaissances, à défaut d’avoir de la famille sur place. Jeanne grandissait, petite blondinette, elle fixe bien l’objectif sur les photos. Clichés pris pour être envoyés au papa sur le front, aux grands-parents : elles ont « vécues » ces photos.



Sur deux  autres photos : à côté de Jeanne et sa maman sont citées Mme Loubry et sa fille, et quel est cet enfant à côté de Jeanne avec un soldat peut-être convalescent, Braine ayant des ambulances pour soigner les blessés. Photos en partie muettes, sur certaines la petite Jeanne est un peu floue car elle a bougé.

 
Braine  Enfant, soldat et Jeanne  
J’espère que des échanges de lettres ont pu se produire, mais cela ne fut pas facile pour la jeune maman, comme pour tous les civils. Gamine ayant questionné ma grand-mère, elle consentit tout juste à me dire : la vie était dure, point à la ligne.






Emile passera une permission (vraisemblablement la seule) à Montmeyran dans la Drôme, chez ses beaux-parents Jean Pierre ARNOUX et Noémie Olympe LAGIER, ne pouvant se rendre dans son foyer trop proche du front.

Mon grand-père Emile est porté disparu le 23 juin 1916, lors de la terrible bataille du fort de Vaux dans la Meuse. L’avis officiel est daté le 29 juillet 1916.

Douloureuse épreuve pour Isabelle lorsqu’elle apprendra cette disparition, pour ses beaux-parents qui perdent leur fils unique et tous les proches. Porté disparu selon la formule consacrée, Isabelle s’est-elle accrochée à un fol espoir qu' Emile fût blessé, ou fait prisonnier ?
 
Braine reste française pendant presque toute la guerre, à l’exception de septembre 1914 et, surtout, de plusieurs semaines en 1918. Peu concernée directement par les combats de la guerre, elle est toutefois bombardée par des obus à longue portée ou des avions qui font des victimes, et occasionnent des destructions. La ville s’est vidée d’une grande partie de sa population pendant le conflit.
 
A quel moment, Isabelle et sa petite Jeanne ont quitté Braine ? Pas avant fin 1917, mais avant mars 1918 ? Quel fût l’évènement catalyseur ? Je sais qu’elle sont passées par l’Allemagne, la Suisse et ont abouti à Evian en Haute Savoie comme tant d’autres rapatriés.
 


Braine Jeanne et Isabelle
Des femmes, des enfants et des vieillards acheminés par convois ferroviaires, via la Suisse, 375 000 rapatriés au total,  ont été pris en charge par les instances évianaises lors de ce conflit mondial.
 
De station d'attente au début de la guerre, Evian est devenue en 1917, en raison de ses structures sanitaires et ses nombreux hôtels, centre principal du dispositif d'accueil mis en place par les pouvoirs publics. C'est ainsi qu'arrivent chaque jour par train, sur les bords du Léman, 1 200 civils rapatriés, dans un état de grande pauvreté, qu'il faut enregistrer, réconforter, soigner, habiller, héberger...
 
Jeanne se souvenait avoir dormi sur la paille «  çà grattait » et aussi que les « pruscottes » déformation des prussiens lui avait pris sa poupée. Elle attrapa la typhoïde fût très affaiblie, au point de ne plus pouvoir marcher à plus de 3 ans.
 
En farfouillant de nouveau dans les quelques cartes postales que je détiens, une m’a interpellée provenant d’Evian datée d’avril 1918 et faisant référence à la Supérieure du Couvent des Clarisses.  Isabelle et Jeanne ont pu être hébergées dans ce couvent ou soignée pour la petite avant d’entamer la dernière étape pour Montmeyran dans la Drôme.
 
Jeanne était sauvage car souvent seule avec sa mère, et puis cette fuite, avec les femmes, enfants et vieillards, ballotées elles le furent.
 
Sa grand-mère Noémie Olympe  LAGIER eut à cœur d’apprivoiser cette petite-fille dont elle faisait enfin connaissance  et de la « remplumer »  avec des cuillerées d’huile de foie de morue au programme, et à renfort de lait de poule (boisson avec du lait, des jaunes d’œufs et du sucre). Je détiens une photo de Maman un peu tristounette, les cheveux raides, et les jambes bien gringalettes.
 
C’était la première vie de ma grand-mère maternelle Isabelle ARNOUX épouse d’Emile MERCIER et maman de Jeanne, épouse d’un soldat, d’un poilu porté disparu, épouse elle le sera jusqu’en 1920 où officiellement elle deviendra veuve. Jeanne grandira dans la Drôme car Isabelle y sera nommée institutrice dans un village au pied du Vercors.


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Il s'agit du premier billet sur le thème #RMNA Raconte-Moi Nos Ancêtres
Saison 1- Année 1918 suggéré par la "team" de RDVAncestral
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Carte et photos : documents de famille

vendredi 26 janvier 2018

Un collier de prénoms avec Nésida

Au centre du collier,  le prénom de ma grand-tante maternelle Nésida ARNOUX dont c’était le prénom d’usage. Née dans la Drôme en 1879, elle a été déclarée à la mairie de Montmeyran par son père Jean Pierre ARNOUX agriculteur sous les prénoms de Fanny et Nésida.
 
Mystérieux prénom dont j’ignore – à mon grand regret – la signification. Nésida ou sa variante Nézida est un prénom donné au 19e siècle dans la Drôme, l’Ardèche et parfois dans le Gard, terres de tradition protestante.
 
Est-il une contraction de Nessie et d’Ida : Nessie prénom féminin (de la nature) avec une étymologie latine « agnus » agneau et Ida avec une étymologie « hild » combat ?

Une hypothèse peut-être, que je formule à l'occasion du généathème sur les prénoms sortis de nulle part proposé par Sophie de La Gazette des Ancêtres.
 
 
 
Ensuite dans ce collier, les prénoms de sa mère Noémie Olympe LAGIER née en 1848 dans la Drôme, mon arrière-grand-mère maternelle.
 
Pour Noémie, j’ai extrait d’un livre « les prénoms féminins » - trouvé sur Gallica - une approche de leur personnalité assez confuse et délirante. Les Noémie sont dites femmes laborieuses, simples et bonnes. Elles ont de l'activité, mais une certaine nonchalance naturelle, ce qui n’empêche pas qu’elles soient tout le contraire des femmes paresseuses.
 
Elles sont sensibles aux maux d’autrui et toujours prêtes à se dévouer ou à faire quelque bienfait. Leurs goûts sont modestes pour elles-mêmes, mais il n'y a rien de trop beau pour leurs enfants, car elles sont dévouées à leur famille.  Curieuses, bavardes, leur mauvaise humeur n’est jamais de longue durée. Elles ont peu d’ennemies, et leurs amies sont nombreuses.
 
Plus sérieusement, Noémie prénom biblique vient du prénom hébreu Noah, qui signifie "agréable, gracieuse".  Noémie est la belle-mère de Ruth, elles s'installent toutes les deux à Bethléem après le décès de leurs maris. Noémie fait partie des ancêtres du Roi David et du Christ.
 
Le prénom Noémie a une utilisation très restreinte jusqu'au 16e siècle, on le retrouve dans les familles puritaines d'Angleterre. Ce prénom arrive progressivement en France à partir du 19e siècle, donné entre 1830 et 1910, avant d’être remis au goût du jour depuis plus de 15 ans environ. Il se fête le 21 août.
 
***
 
Olympe : ce prénom féminin a une étymologie grecque « Olumpos » montagne sacrée où reposaient les dieux grecs dans la mythologie grecque.
 
J’ai découvert une Sainte Olympias ou Olympiade, veuve très jeune du Préfet de Constantinople au 4e siècle. Elle se consacra à Dieu, et sa vie entière ne fut qu'une suite de bonnes œuvres. Ses biens, qui étaient considérables, devinrent le patrimoine des pauvres. Sa charité s'étendait à tous les pays, à toutes les Églises qui avaient besoin de secours. Sévère pour elle-même, elle jeûnait fréquemment et pratiquait dans sa maison les austérités et les mortifications du cloître. Tout était pauvre chez elle, sa table, ses vêtements, ses meubles.
 
Si je me réfère au livre « le caractère par le prénom » d’Albert de Rochetal »  Olympe est un prénom assez rare : il donne de l’orgueil, de l’intelligence, de l’énergie et beaucoup de savoir-faire. Les femmes qui portent ce prénom ne sont jamais nulles, mais elles ont des idées très exclusives.
 
Pour la France, le graphique de Geneanet révèle que ce prénom est donné depuis 1600, avec des pics entre 1830 et 1860.
 
Geneanet  prénom Olympe en France
 
Enfin pour ce collier, je retiens les prénoms de Sylvie Ludimille AUDE une de mes arrière-grand-mère paternelle née en 1859 à Modane en Savoie.
 
A mon grand étonnement Sylvie, féminin de Sylvestre, figure au calendrier révolutionnaire évoquant la forêt à travers l’étymologie « sylvestre » du mot. Sylvie existait déjà depuis l’Antiquité. Une sainte porte ce nom, fêtée le 5 novembre : la mère du pape Grégoire le Grand, issue de la noblesse romaine et décédée  vers 592. Ce prénom s’est porté en France tout au long du 19e siècle. Nom gracieux mais léger.
 
Ludimille  ou Ludmille ou Ludmila se fête le 16 septembre. Son étymologie est germanique « hlod » gloire et « mil » généreux

Ludmila est une duchesse de Bohême née ver 860. A Prague en Bohême, Sainte Ludmila, considérée comme martyre, assuma l’éducation de son petit-fils Wenceslas en s’efforçant de lui inculquer l’amour du Christ, mais dans une conjuration des nobles sa belle-fille Drahomira la fit étrangler.
  
Beaucoup de monuments lui sont consacrés à Prague, comme par exemple la statue de Sainte Ludmila avec Saint Venceslas enfant qui se trouve sur le  pont Charles, ou l’église de Sainte-Ludmila sur la place de la Paix.

Oh - Sylvie Ludimille - je ne pensais pas que tu allais me donner une raison supplémentaire pour retourner à Prague et arpenter le célèbre pont Charles, afin d’admirer toutes les statues dont celle de Sainte Ludmila…
 
 
 
Sources : Gallica    
Les prénoms féminins et  Le caractère par le prénom

samedi 20 janvier 2018

Quadruple mariage à Montmeyran

Gai, gai, marions-nous ? Et dîtes-moi les anciens, s’agit-il de vos enfants ? Si vous êtes perspicaces, vous vous doutez qu’aujourd’hui mon rendez-vous mensuel avec nos ancêtres, initié par Guillaume du "Blog le Grenier des Ancêtres" va tourner autour de la filiation.
 
Mandement de Montmeyran, terre drômoise actuellement, je me retrouve propulsée en 1727.  Les terres sont en sommeil en ce mois de janvier, les arbres ont leurs branches dénudées, et les corbeaux ont renoncé à croasser. Le ciel est bas, je ne peux apercevoir la montagne de la Raye au loin.
 
Jean DORELON a rêvé qu’une lointaine descendante voulait l’interroger, il l’a dit à son épouse Isabeau CLEMENT. De même  Claude RICHARD et Madeleine ARNOUX ont eu un rêve similaire, ils en sont peut-être inquiets. Ils sont tous là dans une maison à l’écart du village a priori, peut être au hameau Les Dorelons ?
 
Rentrez-vite il fait frisquet à l’extérieur - souligne Jean DORELON sur le pas de sa porte.  Le maître de maison a les bras chargés de bûches.

Isabeau CLEMENT - la mine un peu fermée - est debout devant la cheminée. Les deux autres protagonistes sont déjà dans la pièce où règne une douce chaleur, et sont assis sur un banc.
 

Photo Pixabay
 
Alors comme çà vous venez d’un autre temps ? Vous vous posez des questions sur nous ?
Oui à mon époque on cherche ses racines, on s’intéresse à ses ancêtres, aux lieux  qu’ils habitaient, l’histoire de leur paroisse, de leur province. On a différents outils pour les recherches.

Des outils ?
Enfin …  c’est-à-dire des facilités pour trouver les documents.
Oh dans le coin, çà n’a pas toujours été facile note Jean DORELON, Claude RICHARD opine du chef.
 
Isabeau CLEMENT marmonne quelque chose en patois, probablement du genre « fais attention à ce que tu dis, on la connait pas la dame ».
 
C’est que dans les villages de ce secteur bien des habitants ont suivi les idées de la Réforme et, après la Révocation de l’Edit de Nantes en 1685, ont dû se résigner, sous les multiples pressions, à abjurer leur foi pour notamment que les enfants ne soient pas considérés comme bâtards.
 
Je suis heureuse que vous ayez accepté de me recevoir dis-je pour détendre un peu l’atmosphère en sortant de ma besace en toile de chanvre plusieurs actes.

Regards très surpris de l’assemblée.
Vous avez pris ces papiers où ?
Oh maintenant c’est possible d’avoir des copies !
 
C’est ainsi que pour vous Jean DORELON et Isabeau CLEMENT, tout comme pour Claude RICHARD et Madeleine ARNOUX, j’ai les actes de vos mariages célébrés en 1695 et 1696 dans l’ancienne église de Saint-Genis et j’ai aussi les actes de baptêmes de  vos enfants.
 
Dans votre foyer Jean et Isabeau, il y a eu Pierre, Louis, Marie née en 1701, puis André, Jean, Laurent et aussi Judith (tiens un prénom biblique).
 
Et me tournant vers Claude et Madeleine : vous avez eu aussi 7 enfants Anne, Catherine, Madeleine, François né en 1703, puis Marie-Jeanne, Claude et Guichard.
 
Tous ce petit monde a été baptisé par le Curé MORIER, en général 3 ou 4 jours après leur naissance (tiens donc comme si on hésitait à les conduire à l’église ou si on avait du mal à trouver les parrains-marraines estampillés bons catholiques ou susceptibles d’être agréés).
 
En tout cas Jean DORELON vous savez signer lui dis-je histoire de faire comprendre que je me suis appliquée à dénicher tous les indices possibles, car le père est parfois cité comme témoin à certains baptêmes.
 
Oui, oui … Bon alors vous avez évoqué un quadruple mariage ?
 

AD 26 Montmeyran 1722-1743 BMS RC vue 26
 
Le curé de Montmeyran énumère dans un seul  acte - hélas non filiatif –  l’union de 4 couples :
 - Claude BADOT et Antoinette CHASSOULIER
 - André DORELON et Madeleine RICHARD
 - Jean Louis DORELON et Catherine RICHARD
 - François RICHARD et Marie DORELON
 
Je pense que deux de vos enfants Marie DORELON  Sosa 231 et François RICHARD Sosa 230 - mes ancêtres - sont un des couples uni lors de la célébration du 8 février 1725. Marie a presque le même âge que François.
 
De même André et Madeleine unis le même jour me paraissent être aussi vos enfants, ainsi que Catherine, car pour Jean Louis je m’interroge. Celui-ci est peut être un neveu à vous. Cela ne peut être votre fils Louis qui est décédé à deux ans et demi.
 
J’ai aussi noté que le 28 octobre 1720, le même prêtre, a béni le mariage de Pierre DORELON et Anne RICHARD. Chers hôtes, j’en suis arrivée à déduire qu’il s’agit de vos aînés baptisés en 1696.
 
Silence et regards amusés à ce stade de mes explications…
 
Ces trois mariages entre vos deux familles, l’étaient-ils pour simplifier les festivités des noces, ou pour des histoires de compensations de dot. Peut-être mais pas uniquement, car au 18ème siècle la formation des couples se fait sous les yeux du village. Montmeyran a fait partie des villages avec deux communautés : les familles des nouveaux convertis et les familles restées dans la religion catholique.
 
François RICHARD époux de Marie DORELON en 1727, lors du baptême d’un neveu, est mentionné comme nouveau converti. Quant à sa mère Madeleine ARNOUX  il a été rapporté au Curé en 1739 qu’elle a été ensevelie en terre profane, elle est donc décédée hors de l’Eglise Catholique.

Foi protestante souterraine et familiale, foi identique qui plus avant dans le 18ème siècle réapparaît avec des mariages « Au Désert » par des pasteurs, des réhabilitations avec l’Edit de Tolérance de 1787 du Roi Louis XVI. 
 
Toutes les branches de mes aïeux de Montmeyran  me posent des questions similaires !
 
Cœurs en bois éparpillés, embrouillés comme les lignes, les noms et les mots de cet acte de mariage.

Ai-je résolu de façon plausible le puzzle de cette partie de mon arbre généalogique. Du moins ai-je exposé mon sentiment et les liens de François RICHARD et Marie DORELON, avec leurs parents Claude RICHARD Sosa 460 et Madeleine ARNOUX Sosa 461, ainsi que Jean DORELON Sosa 462 et Isabeau CLEMENT Sosa 463.
 
Amis lecteurs pensez-vous que je me fourvoie ?  


Sources
AD 26 Drôme – Montmeyran BMS RC
Précieux relevés de l'Association EGDA
qui sont autant de petits cailloux semés