samedi 19 mai 2018

Le puzzle de Marie-Marguerite

Envie de nature, de grands arbres, le nouveau rendez-vous ancestral me donne ainsi l’occasion de retourner en forêt de Saint-Gobain dans l’Aisne. 
 
En ce dimanche de septembre 1748, aucun bruit dans la forêt, les  bûcherons sont au repos de même que les scieurs de long,  les charriots tirant les arbres après débardage sont absents. Quelques oiseaux chantent sur mon passage, mes pas sont prudents en raison des branches au sol, rêverie oblige.
 
Pixabay

L’autre jour j’avais laissé Antoine MERCIER clerc laïc bien mélancolique. Je le savais soucieux de l’ascendance de son épouse Marie-Marguerite BARBANÇON. Récemment j’ai reconstitué autour de cet ancêtre le puzzle de sa généalogie paternelle, arrêtant de bouder une hypothèse remarquée  sur un arbre de Généanet, et feuilletant les pages des registres de Saint-Gobain.
 

Ce puzzle autour de Marie-Marguerite et de son père Jean BARBANÇON ne peut être qu’en bois, constitué d’écorces d’arbres portant les noms des époux et surtout les noms des témoins, précieux témoins sur des écorces-clés.

Les données principales sont l’acte de remariage de 1720  des parents de Marie-Marguerite à savoir Louise BERTON et JEAN BARBANÇON et les témoins du marié  et aussi ceux de 1711 lors de sa précédente union avec Louise LEGRAND.
 
 
Abraham LEGRAND
Témoin en 1711 et 1720 dit frère pour beau-frère
Jean-Baptiste HAMART Témoin 1711 est un cousin
Jean HAMART Témoin 1720 dit cousin

 
J'ai même mis la main sur la première alliance du père de Marie-Marguerite  avec Marie LUZIN en 1705 me confirmant sa filiation et validant ainsi des écorces que je tenais pour fiables. Jean BARBENÇON je vous ai cerné un peu plus et déniché dans un inventaire la référence à votre métier : garde des bois de la forêt de Saint-Gobain.
 
D’autres écorces se sont ajoutées pour les grands-parents paternels de Marie-Marguerite : un autre Jean BARBANÇON et Marguerite SOREL, et même les parents de celle-ci Michel SOREL et Antoinette MACADRE. Servais et Anne SOREL des oncles et tantes et des cousins JAMART …

Sans oublier les témoins des deux unions de la principale intéressée Marie-Marguerite en 1738  avec Antoine MERCIER puis avec Charles DUPONT garde-vente en 1748 sur Barisis. Son tuteur Jean DELAPIERRE laisse entendre qu’elle perdit son père jeune, il devait être marchand, son parrain Antoine DUPIRE est un parent de son père a priori. Tout peut s’emboiter : trois frères consanguins de Marie-Marguerite sont arrivés à l’âge adulte et se sont mariés.
 
 
Jean DELAPIERRE curateur témoin 1738
Antoine DUPIRE parrain témoin 1738 et 1748
François BARBANÇON témoin 1738 est un frère
 

Surtout s’obstiner et prendre des chemins détournés, arriver à valider des écorces constitue une récompense, et permet d'aborder plus facilement une rencontre.
 
Tiens donc la voilà mon ancêtre Marie-Marguerite BARBANÇON ! Jeune et récente veuve d’Antoine MERCIER, avec ses deux fils Simon garçonnet de 9 ans et le petit Antoine âgé de 3 ans. L’aîné inquiet semble sur le qui-vive et protecteur à la fois et prononce « un vagabond ». Evidemment le décalage avec ma vêture du XXIe siècle !
 
« Mais non Simon c’est une dame, qui s’est peut-être égarée, à moins que ce soit celle qu’avait rencontrée ton pauvre père Antoine l’autre fois. »

Marie-Marguerite ne s'est pas étonnée, je la sais endeuillée, soucieuse de l’avenir de ses fils, pressée par son entourage de ne pas rester veuve, situation connue deux fois par sa mère ; je vais m’abstenir de lui infliger le détail de mes recherches.

J'exprime ma peine, comprend ses interrogations et confirme mon attachement à toute sa famille. Je laisse entendre qu’elle tient son prénom de sa grand-mère paternelle, explique que je lui ai trouvé des frères du côté paternel ce qui m’a étonnée, des oncles et tantes paternels,  un parrain qui a veillé sur elle.

 
 

Rencontre furtive, rencontre en petit comité de deux ancêtres et d'un lointain grand-oncle. Puzzle à cheval sur deux paroisses mitoyennes de Saint-Gobain et Barisis aux Bois, avec la dominante de la forêt : garde des bois, garde-ventes, bûcheron, coupe de bois, abatage, martelage, récolement, que de matières à approfondir…
 
Marie-Marguerite BARBANÇON a appris à signer avec Antoine MERCIER clerc laïc, car elle apposera sa signature avec application sur le registre lors de son remariage avec Charles DUPONT garde-vente.




Tout à trac Simon me dit : « je serai bûcheron » quant au petit Antoine – mon ancêtre – il est encore trop jeune pour exprimer un vœu, mais les deux enfants seront sous l’aile protectrice de leur beau-père.

Promis je reviendrai.


Liste éclair des Sosas


Michel SOREL et Antoinette MACADRE
Jean BARBANÇON  ⚭ 1681 Marguerite SOREL
Jean BARBANÇON ⚭ 1720 Louise BERTON
Marie-Marguerite BARBANÇON ⚭ 1738 Antoine MERCIER
Antoine MERCIER



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Vous pouvez retrouver Antoine MERCIER :
Boulot et mariage pour Antoine clerc laïc
La mélancolie d'Antoine Mercier

 
Sources
Archives Aisne BMS Barisis aux Bois. Fressancourt, Saint-Gobain
Google-Books Inventaire-sommaire des archives de l'Aisne avant 1790 
Geneanet 


lundi 14 mai 2018

Louis XV à Saint-Gobain

Tiens donc, le Roi chez mes ancêtres  et plus précisément Louis XV ! Voilà ma réflexion, lorsqu’en musardant sur Gallica, la bibliothèque numérique, j’ai déniché « la relation du passage du roi dans la généralité de Soissons, les 26, 27, 28 et 29 juillet 1744 menant un corps de troupes de son armée de Flandres à celle du Rhin ».
 
Oh,  Louis XV a séjourné  à La Fère, là où François DOUBLET (Sosa 444) était Brigadier des Fermes du Roi à cette époque. Ensuite Saint-Gobain, Benoît DARDENNE (Sosa 824), manouvrier, s’est peut-être vu infliger une corvée liée au passage du souverain. 
 
Je ne résiste pas à vous rapporter une partie de cette « relation » après avoir supprimé certaines majuscules et à peine toiletté le texte. Elle m'apparaît instructive d'un déplacement et de l'accueil du souverain à cette époque.

« Le Roi, qui était parti dans ses carrosses de la Ville de Saint-Quentin le 26 juillet, sur les sept heures du matin, entra dans la Généralité de Soissons au village d’Urvillers, et monta à cheval avec toute sa Cour près de Vendeuil à deux lieues de La Fère. Les décharges de douze pièces de canon placées au Polygone, annoncèrent vers les onze heures l’arrivée de Sa Majesté ; le Sieur Fouquet, Maire, à la tête du Corps de Ville, eut l’honneur de haranguer le Roi à la Porte Saint-Firmin, en lui présentant les clefs de la Ville. »
La Fère - J. Peerters 1656 Bibliothèque Carnegie Reims

« Cette porte était ornée d’un magnifique Arc de Triomphe, le Dieu Mars fut l’un des pilastres entouré de tous les attributs de la Guerre, paraissait rassembler autour de lui les drapeaux et les étendards, pour les offrir à la Victoire, que l’on voyait sur l’autre pilastre répandre les marques honorables des récompenses militaires. Le frontispice représentait une forge de Vulcain, où les Cyclopes paraissaient occupés aux différents travaux d’artillerie, pour les conquêtes du Roi. »
 
« Cet emblème convenait particulièrement à la Ville de La Fère, où l’on voit un magnifique arsenal, un moulin à poudre, un corps de casernes aussi remarquable par sa grandeur et sa beauté, que par le zèle des habitants qui l’on fait construire et elle établit une des cinq Ecoles d’Artillerie. »
 
« Plusieurs Compagnies de la Bourgeoisie sous les armes, contenaient le peuple immense qui s’était rendu de tous les environs de cette ville, et bordaient les rues sablées par lesquelles le Roi passa au milieu des acclamations pour se rendre à l’Arsenal, où son logement avait été préparé. »
 
« Sa Majesté y étant arrivée, M. Meliand Intendant de la Province, eut l’honneur de lui présenter une carte de la Généralité imprimée sur du satin. Le Roi dina sur les deux heures en public avec les Princes et les seigneurs de la Cour et tous les autres officiers de la suite trouvèrent chez M. l’Intendant des tables très bien servies. »
 
« Sur les sept heures le Roi se rendit au Moulin à Scie : Sa Majesté vie scier un fort gros arbre, et se fit expliquer la construction et l’opération de cette industrieuse machine. (1) »
 
« La joie publique fut marquée le soir par des illuminations de toutes espèces, principalement à la façade de l’Hôtel de Ville et des casernes : la régularité des lampions placés sur plus de 350 croisées, fit paraître dans toutes sa magnificence ce superbe bâtiment. »
 
« La position du logement de Sa Majesté, entouré de tous les magasins de l’Arsenal, ne permettant pas d’y tirer un feu d’artifice, le Frère Philbert, Capucin, connu pour son génie pour les mathématiques, fit jouer sur la grille d’entrée différents feux légers, qui sans s’élever, formèrent un spectacle d’un goût nouveau. »
 


Versailles- Wikipedia
 « Le lendemain 27, M. l’Intendant ayant eu l’honneur de rendre compte au Roi du zèle avec lequel plusieurs villages voisins avaient travaillé la nuit pour rendre praticable le chemin de Saint-Gobain, à une lieu et demie de La Fère, en élargissant la route dans la forêt et en élaguant les arbres, Sa Majesté se détermina à aller voir la belle Manufacture des Glaces qui y était établie. Elle partit à six heures à cheval, après avoir entendu la messe aux Capucins, dont le gardien eut l’honneur de complimenter Sa Majesté. »

Pour les non-initiés, je précise que la Manufacture Royale de Saint-Gobain a fourni les glaces de la célèbre Galerie des Glaces du château de Versailles. Ce n’est pas rien quand même !
 
 
 « Le Roi en arrivant à Saint-Gobain trouva toute l’opération préparée, elle réussit très bien ; les Inspecteurs de la Manufacture firent couler deux Glaces de la moyenne grandeur et une de la première. Sa Majesté admira la promptitude de l’opération et se fit rendre compte dans le plus grand détail de la préparation des matières, de la disposition des fourneaux et ne laissa rien échapper à sa pénétration et son goût ; le Roi vit aussi souffler différentes pièces de verrerie, et visita tous les magasins. »

Coulage d'une glace - Encyclopédie de Diderot et d'Alembert

« Il remonta ensuite à cheval, et revint par le même chemin au bout de la chaussée de La Fère, où s’étaient rendues les Compagnies de la Bourgeoisie. Sa Majesté remonta dans ses carrosses au bruit d’une triple salve de canon et prit le chemin de Laon. »
 
« Les marques de la joie la plus vive l’accompagnèrent successivement ; les villages étaient tapissés de verdure, des feuillages formaient des Arcs de Triomphe, des fêtes champêtres marquaient l’allégresse publique ; les travaux faits sur les chemins étaient témoins du zèle des habitants des campagnes qui courant sans cesse pour revoir le Roi après l’avoir déjà vu, paraissait frappé d’admiration et de respect. Sa Majesté laissa partout des marques de sa générosité et de son amour pour ses peuples. »
 
Laon fut la dernière étape de Louis XV dans la Généralité de Soissons, le programme détaillé y figure aussi dans ladite « relation ».
 
 
 
(1) Moulin à scie : selon Wikipedia, les premières scies mécaniques étaient mues par des moteurs hydrauliques, comme les moulins à eau : les scieries étaient ainsi traditionnellement situées à proximité des cours d'eau, qui pouvaient en outre contribuer à l'acheminement des grumes par flottage.

Source :
Gallica
Relation du passage du Roi dans la généralité de Soissons les 26, 27, 28 et 29 juillet 1744 menant un corps de troupes de son armée de Flandres au Rhin
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5455192g
 

vendredi 27 avril 2018

La carte d'une mystérieuse Claire

Bonne idée que le généathème de Sophie nous invitant  à ressortir une carte postale et faire revivre une tranche de vie de nos aïeux ou d’inconnus. Je ne peux qu’y souscrire et ouvrir un vieil album conservé.

Le choix de la carte postale d’une mystérieuse Claire s’impose. Cette carte écrite à Montmeyran dans la Drôme le 26 avril 1921 a été adressée à mon arrière-grand-père paternel Jean-Baptiste Adolphe MERCIER à Barisis aux Bois dans l’Aisne.
 
Je vous ai parlé de lui et de son épouse Clotilde Anatalie LESCOUET dans un billet intitulé un village à l’heure allemande ICI. Le couple avait du fuir leur village détruit par les allemands en 1917, et avait trouvé refuge dans le village natal de leur belle-fille Isabelle dans la Drôme.
 
En 1921 mon arrière-grand-père est veuf. On me disait qu’il avait gardé des contacts avec des personnes de Montmeyran une fois retourné chez lui, la carte de Claire en est la confirmation.
 
 
 
La carte représente le temple de Montmeyran et la place qui l’entoure, six personnes  devant un commerce et sur la gauche une petite rue qui tourne légèrement.
 
Claire a mis sous enveloppe cette carte qu’elle a écrite complètement d’un côté, avec d’autres précisions du côté de l’image, parasitant celle-ci. Elle donne des nouvelles de ses proches et de son entourage : santé et temps qu’il fait, comme bien souvent.
 
Cher Ami
 
Il y a bien déjà quelques jours que nous avons reçu de vos bonnes nouvelles et nous sommes heureux de vous savoir en bonne santé. Ici à la maison nous avons été bien grippés, ceci est une épidémie qui se communique bien vite, mais à part cela toute la maison est en parfaite santé. Notre petit Charles se fait bien beau et n’est pas trop méchant à présent, mais il occupe bien son monde.
 
Claire s’adresse à un monsieur de 69 ans en lui donnant du « Cher Ami », dois-je en déduire qu’elle est de la même génération, ou que leurs échanges antérieurs étaient empreints de convivialité ? Le petit Charles est-il son fils ou son petit-fils ? J’adore la qualification du bambin, aujourd’hui on dirait pas trop diable ou polisson !
 
Mme Defaisse vient souvent lui faire des visites et l’amuser ; en même temps, je lui ai fait part de vos nouvelles et me charge en retour de vous envoyer bien des choses ainsi que tous les voisins connaissants. (sic) La mère Long n’est plus aux Dorelons, depuis janvier elle est avec sa fille à Chabeuil et vient de marier son fils Elie qui faisait la propriété de Matilde, avec une demoiselle de Romans, pour habiter toujours avec son frère Urbin.
 
Claire évoque des habitants du hameau des Dorelons, celui de ma grand-mère maternelle Isabelle ARNOUX, et parle d’une de mes cousines Matilde Defaisse veuve qui a recours à quelqu’un pour exploiter sa propriété.
 
 
 

La campagne est très belle cette année mais ce que tout on désirerait ce serait un peu de pluie, car les petites graines, betteraves et racines sortent difficilement et notre source commence à tarir. Ces jours-ci nous avions de la neige  sur les montagnes environnantes et cela rafraîchit le temps. Aussi papa a peur de sa vigne, gare au gel.
 
Bon le papa de Claire doit être cultivateur avec un bout de vigne !
 
Alors je vois que votre situation n’est guère améliorée, aussi un peu de promenade doit être un peu de distraction. Venez donc faire un petit tour à Montmeyran au beau temps. Mes parents se joignent à moi, ainsi que mon mari pour vous envoyer leurs bonnes amitiés.
 
Là Claire, qui répond à mon arrière-grand-père, fait vraisemblablement référence aux conditions de logement de celui-ci à Barisis aux Bois dont les maisons en dur ne sont pas encore reconstruites. Elle lui suggère de venir dans la Drôme où il y a sa belle-fille Isabelle et sa petite-fille.
 
En Nota bene : Joseph vous envoie le bonjour
Signé : Claire Tézier
 
Qui êtes-vous mystérieuse Claire, vous avez encore vos parents, un mari et un petit Charles ? Quel âge pouvez-vous avoir ? Signez vous avec votre nom d’épouse ou votre nom de jeune fille ?
 
J’espère que vous ne m’en voudrez pas si je dévoile que vous êtes née en 1895 à Montmeyran. Prénommée Claire Marie Hortense HUGON, vous avez convolé en justes noces en 1920 avec Gustave Joseph Emmanuel TEZIER, et à la fin de la même année est né votre fils Charles Paul Gustave.
 
Les indiscrètes pages des registres en ligne de votre commune natale m’ont aussi révélé que jeune fille vous habitiez le hameau des Dorelons avec vos parents et votre frère en 1906.

Claire vous m’êtes très chère, parce que vous avez côtoyé Cousine Matilde, mais surtout mes quatre arrière-grands-parents maternels. Petite carte postale tournée et retournée tant de fois, écrite par une jeune maman de 26 ans à un monsieur pas tout jeune et endolori après les épreuves de la 1ère guerre mondiale. Carte qui a bien voulu me chuchoter des éléments supplémentaires, et s'animer vraiment cette fois  …
 
 
Sources
Carte : document familial
AD 26 Montmeyran Etat civil et recensement

samedi 21 avril 2018

La mélancolie d'Antoine Mercier

Tout à ses pensées, l’homme n’a pas vu le petit écureuil qui s’est arrêté devant lui et le regarde dubitatif. En ce frileux mois de mars 1748 sous le règne de Louis XV, Antoine MERCIER Sosa 192 - clerc laïc - s’octroie un instant de répit en marchant dans la forêt de Barisis aux Bois.
 
Ce lointain grand-père est mélancolique : douze années déjà qu’il est arrivé dans cette paroisse, quittant son village natal d'Ambleny, pour prendre ses fonctions de clerc laïc et épouser Louise Renée LEPREUX en 1736.
 
Cette union avait été effectivement de courte durée, puisque l’épouse d’Antoine s’était éteinte deux années plus tard le 20 octobre 1738 pour être précis et celui-ci s’était remarié dès le 9 novembre 1738 avec Marie Marguerite BARBANCON Sosa 193 soit curieusement 20 jours après.
 

Gallica - Jacques Sève
 
Vais-je profiter de cette rencontre inopinée en lisière de forêt pour demander à Antoine la raison de ce mariage ultra-rapide avec une jeune fille de 17 ans ? Vais-je lui dire que j’ai tourné,  retourné la seule page concernée du registre paroissial, compté sur mes doigts, vérifié les dates des actes ? J’ai même imaginé avec mauvais esprit  la naissance d’un bébé au bout de 3 ou 4 mois seulement.

Regards croisés avec Antoine MERCIER qui vient de m’apercevoir.
 
- Oui je sais vous vous intéressez  aux paroissiens de ce village, un peu trop à certains moments d’ailleurs ! Alors on a vraiment un lien entre nous ?

- C’est-à-dire oui... Vous trouvez cela anormal de connaître ses ancêtres, de les évoquer parfois, voire les rencontrer ? On est plusieurs à penser que toute vie mérite d’être racontée.
 
-  Que non, en ce qui me concerne, par ma mère Marie HIDRON je connais les noms de ses parents Hubert HIDRON et Barbe BOILEAU, de même elle me citait mes grands-parents paternels Jean MERCIER et Suzanne GRAU du côté de mon propre père Jean. Mais cette mémoire va se perdre, car je suis d’un autre village, je n’ai pas de parenté ici.

- Antoine, votre frère Jean – le mystérieux Jean – était présent comme témoins à vos deux mariages et vous avez des amis.
 
- Vous savez mon épouse Marie-Marguerite n’a pour ainsi dire pas connu son père Jean BARBANCON, elle ne connait pas les noms de ses grands-parents paternels tous originaires du village voisin de Saint-Gobain. Avec ma belle-mère Louise BERTON c’est différent elle est de ce pays.

Tout va s’oublier, comme les feuilles des arbres s’envolent à l'automne.  Barisis aux Bois est à l’écart des grandes routes du bailliage de Coucy, qui s’interrogera sur la vie des habitants de cette paroisse. Qui sera dépositaire de la transmission orale ?

 Mes enfants sont si jeunes, si fragiles : Simon a 8 ans environ, et Antoine n’a pas tout à fait 3 ans. On a perdu une petite Marie-Marguerite et un petit François, comme cela arrive souvent.

Je suis las, fatigué moralement et physiquement. Certes je fais au mieux mon métier de clerc, mais les parents oublient parfois de m’envoyer leurs gamins à l’école, ils ont besoin d’eux pour les aider.

Je suis témoin avec plaisir à de nombreux mariages, mais en consultant toutes ces pages de registres vous savez aussi que je suis fréquemment témoin lors d’inhumations, trop souvent hélas !
 
Géoportail : extrait de la carte de Cassini

Antoine donne l’impression d’être à un moment charnière avec de sombres pensées, où il pressent quelque chose. Comment puis-je l’intéresser ?
 
-  Oh Antoine dîtes moi, suis-je arrivée par le chemin de Coucy et la forêt éponyme ?

-  En effet, et par là aussi à travers la forêt on se dirige vers Saint-Gobain où est née Marie-Marguerite.
 
-  Racontez-moi un peu  le village qui est maintenant le vôtre ?

- Vers l’église, il y a l’abbaye, mais le territoire comprend aussi plusieurs hameaux : les carrières de la Ville, les carrières des Lentillières, le Petit-Barisis et le Pavillon. Le village est traversé par une rivière qui serpente Le Raillon, rivière qui alimente par ses eaux 3 moulins. A côté de bonnes terres labourables, on trouve des étangs et aussi des oseraies et des aulnaies, des bois bien sûr et des essarts.
 
- Tiens des carrières de pierre, cela expliquerait mon ancêtre dit pionnier !
 
- Vous savez beaucoup de bras sont occupés par la culture et l’apprêt du chanvre : chanvriers, fileuses, et tisserands; le chanvre de Barisis est réputé depuis longtemps. On comptait 195 ménages il y a 3 ans.
 
- Vous avez évoqué une abbaye ?

- En effet la cure est séculière, le religieux qui est sa tête est nommé par l’Abbé de Saint-Amand une grande et riche abbaye dans les Flandres : ce prévôt qui exerce la justice et entouré de 3 ou 4 religieux qui vivent dans notre abbaye et célèbrent les offices. Tout cela est lié à l’histoire très ancienne du village, de saints et d’ermite, et de rois d’il y a longtemps dont je n'ai plus trop les noms en mémoire. 
 
- C’est très intéressant ce que vous m’expliquez.
- D’habitude je ne parle pas autant !
 
Qui est le passeur, qui est le dépositaire ?
 
Je ne peux vous cachez qu’Antoine MERCIER décédera le 6 août 1748 à 32 ans, et que j’ai eu un pincement au cœur car il laissait deux jeunes enfants dont «  mon autre » Antoine personnage intéressant.
 
 
 
Antoine MERCIER Sosa 192 1716-1748
fils de Jean MERCIER et Marie HIDRON
marié en 1738
à Marie-Marguerite BARBANCON Sosa 193 1721-1799
fille de Jean BARBANCON et Louise BERTON
 
  • Simon MERCIER 1739-1762 marié à Marie-Marguerite GRANDIN
  • Marie-Marguerite MERCIER 1743-1743
  • Antoine MERCIER 1745-1817 Sosa 96 marié à Marie-Jeanne JONQUOY Sosa 97 1746-1808
  • François MERCIER 1747-1747
 
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Vous pouvez retrouver Marie HIDRON : Au pied du donjon d'Ambleny
 
Sources
AD 02 Ambleny et Barisis aux Bois
Gallica Histoire de Barisis aux Bois par A. Matton
 

samedi 17 mars 2018

Veuf éploré que nenni

Retour en Savoie, laissant Aiguebelle sur la grand-route dans la vallée, aux portes de la Maurienne comme on dit actuellement, je prends la direction de Montgilbert pour mon Rendez-vous Ancestral. En 1833 cette paroisse de 600 âmes environ, située à 550 mètres d’altitude,  comprend dix villages, au sens de hameaux à notre époque.
 
La nature se réveille doucement en ce mois de mars, la route monte régulièrement et serpente, à mon rythme je chemine, marque des pauses et cogite pour me remémorer mes données.
 
 
Anne POTI Sosa 89 m’avait suggéré de revenir la voir : depuis la perte de son fils Blaise en 1809, elle s’est retrouvée veuve de Denis GAY-ROSSET Sosa 88 en 1813. Son fils ainé Antoine s’est marié en 1816 avec Antoinette BUET, son fils Thomas envisage de se fiancer avec une jeune fille du village voisin.
 
Il restait  à caser le dernier fils : mon ancêtre « François-Joseph »  de ses prénoms de baptême, dit François GAY-ROSSET Sosa 44 lors de ses deux mariages. Le 7 mars 1832, à 35 ans il s’unit à une dénommée Martine BUET veuve de Pierre François GAY-ROSSET. L’acte fait référence à des empêchements : consanguinité et affinité, tiens donc ! Le latin de cet acte là ne n’inspire pas…
 
Toujours est-il que mon François se retrouve lui-même veuf le premier avril suivant : trois semaines pour une union c’est vraiment très court. Il faut dire que cette Martine BUET a environ 18 ans de plus que lui et décède à l’âge de 56 ans. Curieux mariage, quelles en furent les véritables raisons ? Et pour Anne POTI il fallait retrouver une promise pour son fils cadet.
 
Ouf ce fut chose faite dès le 3 octobre de la même année avec Anne RIVET Sosa 45 une jeunette de 22 printemps, fille d’un laboureur et charpentier, François RIVET Sosa 90 et de Sébastienne Antoinette ANDRE Sosa 91.
 
 
 

Assez de méditation en chemin, voilà deux silhouettes qui se profilent : sûrement mes ancêtres. François m’aide, car je m’entrave dans ma longue jupe, faute d’avoir l’habitude de crapahuter ainsi vêtue. Anne doit remarquer que je suis en cheveux, désolée je n’ai pas de coiffe dans mon armoire.
 
- C’est la Mère qui nous a dit de venir à votre rencontre, elle n’était pas sûre que vous alliez retrouver la maison, il paraît que vous êtes une cousine ?
 
- Enfin d'une certaine manière ! Ce n’est pas la peine d’épiloguer et de me lancer dans des précisions généalogiques. Vous savez je suis très contente de vous rencontrer tous les deux.
 
- Avec moi c’est mon épouse Anne, elle est  bien courageuse pour m’aider dans le travail, je suis cultivateur et il faut tout le temps monter, descendre dans notre beau village, suivant le champ qu’on cultive. Le paysage est beau, mais avec les nivelés, il faut mieux avoir du souffle et des bons mollets.
 
Nous continuons ensemble à monter, silencieux dans nos pensées respectives.
 
En tant que veuf, François remarié à une célibataire, a-t-il subi la coutume du charivari ? Dans sa situation il se devait de dédommager les jeunes garçons célibataires du pays, pour ne pas  trouver le jour du mariage - à la sortie de l’église - un bouc blanc attaché en signe de protestation.  A moins que dans le village, on s’en tienne à la version de répandre de la sciure depuis la maison du marié jusqu’au domicile des filles qu’il a fréquentées, afin dit-on d’éponger les larmes des délaissées…
 
Anne au vu des circonstances avait-elle son trousseau complet ? Draps de chanvre, serviettes, couverture, chemises, cotillons, mouchoirs et les fameuses coiffes ? Un coffre faisait-il partie de la dot ? Et la robe pour le grand jour, combien avait-elle de plis à l’arrière ? Je suis bien ignorante, il faut qu’on m’explique.
 
Enfin nous voilà au seuil de la maison, pour passer un moment avec Anne POTI qui a préparé un repas, instants partagés aussi avec François GAY-ROSSET et Anne RIVET pour faire plus ample connaissance, après avoir refermé la porte.
 
Bien que marié tardivement François aura avec Anne sa jeune épouse 7 enfants nés entre 1834 et 1847 à Montgilbert dont Roch ROSSET Sosa 22 mon ancêtre direct.  Les souvenirs des uns et des autres – enfin leurs traces dans les registres et leurs nouveaux lieux de vie – me donneront l’occasion de poursuivre la découverte de cette branche de mon arbre.

 
Pour retrouver Anne POTI et son fils Blaise ici : Décédé à l'hôpital du séminaire

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Sources
AD 73 Montgilbert  3E  2437 1814-1837 vues 101 et 102
Photos Pixabay

 
 

jeudi 8 mars 2018

Eclairs d'acier sur Emile

Suis-je apte et habilitée pour évoquer un Poilu foudroyé dans l’enfer de Verdun, suis-je capable d’imaginer des descriptions, de relater dans le détail ces événements ? Pourtant Grand-père Emile - 100 ans après la fin de la première guerre mondiale - je veux que tu saches que pour tes proches, tout comme tous les autres poilus foudroyés lors de la bataille du fort de Vaux, tu leur as terriblement manqué.
 
Emile Octave Georges MERCIER mon grand-père maternel instituteur était l’époux d’Isabelle ARNOUX et le père de Jeanne Isabelle dont j’ai parlé dans un précédent billet ici  et le fils de Jean Baptiste Adolphe MERCIER et Clotilde Anatalie LESCOUET dont j’ai parlé dans mon dernier billet  .
 
En ce jour de l’armistice du 11 novembre 1918, Grand-père Emile, tu es encore enfoui  avec tant de compagnons d’infortune dans la terre meurtrie de la Meuse, terre dénudée,  pleine de cratères et ce depuis le 23 juin 1916.
 
Gallica - Félix Vallotton : la tranchée

Regardez bien cette estampe du peintre Félix Vallotton dite « la tranchée » tout est dit, regardez bien en bas à droite on aperçoit les casques des poilus qui zigzaguent dans un boyau et le haut de la baïonnette des fusils, tandis que l’enfer se déchaine dans le ciel.
 
Grand-père Emile, né en 1886 dans l’Aisne, a fait son service militaire au 87e Régiment d’Infanterie basé à Saint-Quentin du 28 septembre 1908 au 25 septembre 1910, il en ressort caporal. Il arrive  au 67e Régiment d’Infanterie basé à Soissons le 4 août 1914 lors du déclenchement du conflit, et entre en campagne le 12 décembre suivant. Son régiment a pris part à la bataille des Eparges en 1915.
 
Une citation de l’écrivain Maurice Genevoix semble s’imposer :

« L’argile de ces champs colle à nos semelles, enveloppe nos souliers, peu à peu, d’une gangue énorme qui nous retient au sol. Mais des balles, sifflant par-dessus le ravin, viennent claquer autour de nous, faisant jaillir la boue des flaques. Notre allure s’accélère, les sections s’étirent par les mornes friches, louvoyant à travers les trous d’obus emplis d’eau croupissante. […]

A notre droite, le Montgirmont étale ses pentes désolées, où des lignes d’arbres rabougris grelottent. A notre gauche, la crête chauve des Eparges s’estompe dans une poussière d’eau. »

Ceux de 14, Nuits de guerre
 

Autre cadre et autre contexte en ce mois de juin 1916, pour Grand-père Emile caporal-mitrailleur, dont le régiment, après un bref repos avec entraînement vers Châlons, est embarqué et dirigé sur Verdun.
 
Verdun…  Fort de Vaux… Bataille… Bruit... Orages et éclairs d'acier...  Grand-Père disparu le 23 juin 1916 … date couperet. Ces mots se télescopent, mon esprit se brouille. Et cette fiche de Mémoire des Hommes indiquant «  Ravin des Abris » où dans cet enfer ? Sur quelle commune ? Vaux devant Damloup en fait, commune sinistrée.
 
Naviguant entre le journal de marche du 67e Régiment d’Infanterie, les différents plans en ligne, les discussions sur des forums,  j’ai découvert « Bois Fumin », et un blog correspondant à ce secteur. J’ai extrait un des plans de ce blog très détaillé qui m’a permis de localiser le « Ravin des Abris ».
 
Blog Bois Fumin 16
 
Le régiment d’Emile, dans la nuit du 19 au 20 juin, est appelé à occuper le sous-secteur du « Bois Fumin ». Tout commence le 21 au matin, après un bombardement d'une violence inouïe, il repousse par trois fois de formidables vagues d'assaut qui essaient en vain de le refouler.
 
Le 22, il voit les éléments de sa droite et de sa gauche écrasés, mais, malgré la situation critique, il refuse d'abandonner le terrain, refoule l'ennemi et bientôt les unités voisines, reconstituées, parviennent à rétablir la liaison. Grâce au régiment d’Emile, la première ligne est conservée intégralement.

Le 23, les vagues d'assaut allemandes se ruent de nouveau sur les lignes avec une fureur extraordinaire. De cette violence : je retiens le corps à corps des soldats, l’envoi de pigeons voyageurs pour demander des tirs de l’artillerie, le « Ravin des Abris » mentionné comme nivelé, et la soif.
 
En plus des souffrances horribles de la soif, le 67e Régiment d’Infanterie a laissé sur le terrain 14 officiers hors de combat, dont 3 tués et 11 blessés et 1.018 hommes, dont 152 tués, 682 blessés et 184 disparus.
 
A la suite de ces combats, le régiment est cité à l'ordre de l'armée dans les termes suivants :
 
« Pendant ces journées du 21 au 24 juin les souffrances endurées par les soldats du régiment dépassent l’imagination. La poussière intense développée par la chute d’innombrables obus de tous calibres, la chaleur orageuse, l’âcreté de l’air empoisonné par des obus à gaz suffocants ont développés chez tous une soif intense qu’il a été impossible d’apaiser.
 
Toutes les corvées d’eau envoyées, à l’exception d’une ou deux, n’ont pu arriver à destination, les hommes qui portaient les bidons ayant été intoxiqués, tués ou blessés. Du 19 au 24 juin, c’est-à-dire pendant 5 jours, le régiment a eu en tout et pour tout 80 litres d’eau. Beaucoup d’hommes sont malades, tombent d’insolation et presque tous en sont réduits à boire leur urine.
 
Les vaillants du 67e qui, dans de pareilles conditions, ont repoussé à deux reprises différentes six assauts successifs de l’ennemi, presque sans le concours de l’artillerie, sont des soldats devant la valeur desquels tout le monde doit s’incliner. Ces journées certes ont été des plus pénibles, elles resteront parmi les plus glorieuses pour le 67e. »
 
 
Emile au 2e rang entre les 2 soldats assis 1914
 
Emile foudroyé  - du moins je l’espère - porté disparu, absent, enfoui dans la terre de Meuse.  Mort pour la France, il se verra décerner la médaille de guerre avec étoile de bronze « brave et dévoué caporal-mitrailleur frappé mortellement à son poste de combat le 23 juin à Verdun, en accomplissant courageusement son devoir ». Emile  n'avais pas encore 30 ans;  
 
Le corps de mon grand-père sera retrouvé 20 ans plus tard, avec celui d’un autre soldat. Il y avait une seule plaque d’identité, Emile et le soldat inconnu sont donc inhumés ensemble à la Nécropole de Trésauvaux dans la Meuse.  Un siècle plus tard on retrouve encore des soldats enfouis, on fait des tests ADN pour identifier certains poilus.
 
Grand-Père tu n’as jamais été oublié, vivant encore un peu comme tous les soldats de Mémoire des Hommes indexés par des passionnés d’ici et d’ailleurs. Cent ans après la Grande Guerre, on réveille les mémoires familiales, on essaie de reconstituer les parcours de Poilus, d'un ancêtre ou d'un collatéral, ou de soldats d’un même village. On redécouvre des lettres de soldats ou de leurs proches restés à l’arrière, on les partage sur des supports que toi Emile tu n’as pas connu.
 
Dans tout ce travail de mémoire, les jeunes générations ne sont pas en reste : écoliers ou collégiens. Emile, en tant qu’instituteur, tu aimerais peut-être savoir que des élèves d’école primaire ont peu à peu découvert le contexte de la guerre et imaginé le quotidien du soldat dans la tranchée. De leur chanson écrite, composée et chantée je citerai le refrain.

Et malgré tout ça, je garde espoir,
Je vis dans ton regard
Et malgré tout ça, je vis dans le noir,
Je garde espoir à n’en plus pouvoir



Il s'agit du quatrième billet sur le thème #RMNA Raconte-Moi Nos Ancêtres
Saison 1 - Année 1918 suggéré par la "team" de RDVAncestral
Pour retrouver tous les billets des participants, c'est par là :
http://rdvancestral.com/rmna/

Sources :
Photo : document familial
Mémoire des Hommes : Journal de Marche du 67e Régiment d'infanterie
Blog    http://fumin16.canalblog.com/archives/2011/08/20/23246029.html
Chanson Eclairs d'Acier Rêves volés de l'Ecole St-Genès de Bordeaux
http://lasallefrance.fr/etablissement/Quand-les-CM2-commemorent-le


 
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